Avec LFI, amenez le pop corn, le parti fournit le feuilleton!, par Céline Pina

Après l’affaire Eric Coquerel, le cas de Taha Bouhafs refait surface et embarrasse le parti. Taha Bouhafs accuse son parti d’avoir manqué à une « procédure juste et équitable » à son endroit, et charge Clémentine Autain, dont le rôle dans le retrait de sa candidature aux législatives semble décidément bien trouble.

En publiant une lettre sur les réseaux sociaux racontant comment le parti l’avait évincé sans procédure contradictoire ni même la possibilité de se défendre, Taha Bouhafs a démontré à quel point la comédie de la LFI mettant en avant sa capacité à résoudre des faits de harcèlement sexuel grâce à une instance interne ad hoc, était au mieux un mensonge pour enfants, au pire un étouffoir de vérité au service des intérêts partisans ou de certains de ses dirigeants.

Les pieds dans le plat

C’est toute la stratégie de défense de LFI concernant les affaires de harcèlement sexuel qui est mise à mal. Taha Bouhafs n’a en effet pas digéré d’être évincé sans autre forme de procès de sa candidature à la députation, quand Eric Coquerel est défendu par l’ensemble de ses petits camarades… Il met donc les pieds dans le plat et dénonce la parodie de justice qu’est la fameuse cellule de lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS). Mais laissez-moi vous raconter cet énième épisode que l’on pourrait baptiser : le retour de boomerang.

Le personnage principal est bien connu, il fait partie des victimes autoproclamées d’un discours qui met en avant l’existence d’un racisme structurel en France et fait de toute personne non-blanche, un persécuté de l’histoire, comme de tout blanc, un bourreau par culture. Il s’est fait connaitre par son absence de toute vergogne, se disant journaliste et propageant des fake news, par sa violence et son agressivité sur les réseaux sociaux et pour avoir été condamné pour propos racistes à l’égard d’une policière. Il avait traité Linda Kebbab d’arabe de service en 2020. Pour autant, ce qu’il raconte sur la façon dont LFI utilise une procédure interne pour soustraire des faits à la justice et protéger ou mettre de côté une personne incriminée pour de tels faits montre bien l’hypocrisie et l’absence de toute éthique ou simple déontologie du parti.

Un héros de la cause islamo-gauchiste victime de la trahison de ses pairs…

La lettre débute par une manipulation habile. Certes, elle contient l’habituel discours de victimisation cher à la France insoumise, mais cette fois-ci retourné contre le parti. Taha Bouhafs met donc d’abord en avant ses points de persécution puisque seule la victimisation légitime la parole : il est jeune, maghrébin, issu des quartiers populaires, victime d’attaques racistes, et sans capital social ni financier pour se défendre. Mais un statut de victime n’est pas suffisant. Pour renforcer le sentiment d’injustice, rien de mieux que la figure du héros trahi. Taha Bouhafs va donc se camper en bouc émissaire. Il devient l’homme du sacrifice, celui qui est trahi alors que, par responsabilité à l’égard des électeurs de la France Insoumise, il a sacrifié ses intérêts sur l’autel du bien collectif : « J’ai estimé que mes intérêts, mes droits, aussi légitimes soient-ils, passaient après l’urgence et la détresse des millions de gens qui subissent injustement les politiques anti-sociales, liberticides et réactionnaires du gouvernement ». Sortez les mouchoirs ! Taha Bouhafs aurait attiré sur sa personne les foudres des ennemis du peuple et aurait fait office de courageux paratonnerre. « Tous les ennemis de la gauche anti-capitaliste et anti-racistes s’étaient ligués contre moi. » Il s’est donc sacrifié pour la cause, mais voilà que le parti, loin de le reconnaitre, l’abandonne.

Bien sûr, de la réalité des accusations portées contre lui, nous ne saurons rien. Il se présente comme innocent ou inconscient de ses actes. La lettre de Taha Bouhafs a ici une double fonction : dénoncer le fonctionnement plus qu’opaque de la cellule de lutte VSS d’une part, et mettre en avant de façon subliminale le deux poids deux mesures entre lui et Eric Coquerel d’autre part. Le timing choisi par le militant est habile, car, pour sauver une architecture bien maladroite de mensonges, le parti va devoir faire des concessions vis-à-vis de lui.

L’effrayant parti-pris de Clémentine Autain

En attendant, le courrier témoigne cliniquement, à travers la façon dont les leaders LFI ont géré l’affaire, du fonctionnement d’une machine qui a tenté de transformer un scandale interne en argument à la gloire du parti, et de son efficacité à traiter les questions de harcèlement sexuel. Taha Bouhafs démontre que tout cela n’est qu’une façade. D’ailleurs, nul n’a pris la peine chez LFI de définir un cadre au mode de fonctionnement de cette cellule qui se réduit à une grande lessiveuse. Dans cette machine, les questions de la réalité des faits, d’un regard équilibré ou juste d’une procédure contradictoire sont éliminées. Il n’y aura de fait ni enquête, ni confrontation, ni même communication des accusations. Taha Bouhafs raconte que quand il rencontre Clémentine Autain le 9 mai pour qu’il retire sa candidature, la messe est déjà dite : « Si tu refuses, c’est nous qui serons obligés de communiquer contre toi, ce n’est pas dans ton intérêt ». Quand Taha Bouhafs réclame d’être entendu par la cellule, demande à pouvoir se défendre, il lui est répondu : « Nous ne sommes pas des juges. Pendant 1000 ans les femmes n’ont pas été entendues, tu payes peut-être aussi pour les autres, mais c’est comme cela, c’est un parti-pris politique. » C’est une justification que n’aurait pas renié l’auteur des procès de Moscou, où la parodie de justice était le faux nez de la purge clanique.

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