Un président réélu : et après ?, par Philippe Bilger

On ne peut pas s’empêcher de penser qu’avec cette réélection, le président de la République a connu la plus vive satisfaction de sa vie politique mais aussi l’assouvissement qui lui a coupé l’enthousiasme d’inventer le futur – et au moins de se tirer brillamment d’affaire de sa majorité relative.

Quand on est obligé laborieusement de se choisir des partis de gouvernement et d’ostraciser ceux qui n’en seraient pas – comme par hasard les plus opposants -, il est clair qu’une sorte de baraka vous a quitté.

Il me semble que ce pouvoir au ralenti, depuis pourtant qu’il a été légitimé une seconde fois, avec des élections législatives décevantes quoique Renaissance demeure le groupe le plus important, et une composition de gouvernement particulièrement fade et sans éclat, est l’expression d’une sorte de désenchantement présidentiel. Celui-ci ne s’était-il d’ailleurs pas manifesté avant, dans le refus condescendant et en définitive maladroit d’Emmanuel Macron de s’impliquer dans des joutes qu’il considérait de haut et qui a incité la démocratie à lui renvoyer la monnaie de sa pièce ?

Le macronisme, on s’en doutait, ce n’est qu’Emmanuel Macron. Ceux qui l’ont rejoint en croyant faire une affaire ont peut-être déjà perdu leurs illusions. Sans compter qu’au sein de Renaissance, la petite musique d’un Edouard Philippe, à la fois loyale et autonome, globalement d’approbation mais divergente sur des points sensibles, va être de plus en plus écoutée en attendant 2027.

Il serait trop pessimiste de tirer des événements seulement négatifs de ce qui est advenu depuis le mois de mai dernier.

D’abord la confrontation d’une autorité élyséenne qui a encore des moyens avec une vie parlementaire plus riche sera une très belle opportunité républicaine.

Ensuite il y a une morale en politique quoi qu’on en dise. Tous les transfuges qui prétextant de fausses bonnes raisons ont déserté leur famille d’origine ont été sanctionnés et en tout cas ont vu leurs calculs déjoués. Ceux étant passés du RN chez Eric Zemmour. Ceux ayant migré de LR vers Emmanuel Macron. La stratégie, déshonorante au fond, d’un Nicolas Sarkozy a eu un double effet positif : il a perdu son aura dans le parti qui aurait dû rester le sien et ses pronostics sur son influence se sont révélés vains, tant auprès de LR que d’Emmanuel Macron.

Pour LR, si le groupe parlementaire en effet a diminué, la certitude de son identité politique a en revanche augmenté. Sous Christian Jacob, avec la majorité absolue de LREM, on avait l’impression qu’en permanence on était au bord de la fusion ! Depuis la majorité relative, la trahison de Sarkozy et le retour de personnalités ne mettant plus le drapeau de la vraie droite dans leur poche et sans le moindre masochisme, LR a compris : le dépassement de la droite et de la gauche est obsolète, s’il a jamais été effectif, et une voie originale s’offre à lui. On a cru le tuer, il est en pleine forme !

Par ailleurs, la gauche a sauvé les meubles et même si elle a fait un pacte avec l’extrême gauche – un Coquerel à la tête de la Commission des finances ! – et qu’elle risquera la portion congrue, la Nupes représentera une force non négligeable qui, en dépit de ses outrances de forme et de fond, occupera une grande place dans l’opposition à Renaissance et à Emmanuel Macron.

De plus, les 89 députés du RN sont directement la rançon payée par le macronisme à la suite d’un quinquennat caractérisé par un mépris chronique du peuple et la faiblesse régalienne d’un pouvoir enclin à donner des leçons à proportion de ses échecs et de son amateurisme. Avec une arrogance qui met du temps à se dissiper : combien de temps a-t-il fallu pour que Gérald Darmanin fasse totalement repentance pour le désastre du Stade de France ! Ce n’est pas le mantra obsessionnellement développé par les élites politiques et médiatiques – donc forcément de gauche et d’extrême gauche – sur le caractère non républicain du RN qui va faire illusion ! L’Assemblée nationale ne trie pas ses députés et sur le plan des droits et des principes, aucun n’est plus digne que l’autre.

Enfin, les choix ayant présidé à la composition du nouveau gouvernement ont montré que le deux poids deux mesures est l’ADN du macronisme. Damien Abad doit partir et en plus il doit se féliciter de son exclusion ! Le macronisme à la mode stalinienne ! Mais des enquêtes et des mises en examen concernant d’autres ministres les maintiennent à leur poste. Si la jurisprudence Balladur avait été conservée, avec le mérite de sa simplicité, elle aurait évité beaucoup de polémiques inutiles.

Emmanuel Macron s’est fait réélire. Toutes nos félicitations puisqu’il a voulu réaliser ce tour de force. En définitive, plus facile à accomplir qu’il ne le pensait.

Mais après ?

Faute d’avoir songé à cette idée toute simple de combler les béances et les manques de son quinquennat précédent, de réparer ses imperfections, il va se traîner – sans nous étonner – tout au long du nouveau.

Son intervention lors du conseil des ministres du 4 juillet en était déjà une preuve : fatigué avant l’heure ! Plus l’envie d’avoir envie !

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com