Le procès et l’islamisme, par Jean-Gilles Malliarakis

Le Procès des attentats du 13-Novembre s’est donc achevé, après 149 jours d’audiences. Les bons esprits sont invités, par « Le Monde », à y voir un verdict « pour l’histoire », « rigoureux » et « nuancé ».

On ne peut, hélas, partager cet avis que partiellement.

Commençons tout de même par les quelques motifs de satisfaction

La condamnation exceptionnelle du principal accusé, ce 29 juin, à une peine incompressible de 30 ans, le maximum dans le cadre du Code pénal actuel, prouve au moins que la justice n’a pas fléchi, alors même que l’on pouvait craindre des concessions aux arguties de sa défense. Il fallait montrer, à la face du monde, à la fois que la société française appliquait la Loi, et qu’elle ne reculait pas.

Pour une fois ce double objectif a été atteint. Le cas est suffisamment rare pour qu’on s’en félicite.

Dès le lendemain, on apprend que le père du Tchétchène assassin de Samuel Paty, « qui se dit satisfait du crime de son fils, exerce toujours dans le milieu de la sécurité privée », selon « Le Parisien » en date du 30 juin. Voilà qui prouve combien il reste à faire.

Sur les 20 coaccusés, 19 ont été convaincus de terrorisme et sanctionnés à la mesure de leur complicité dans cet assassinat de masse aux 130 morts, et infiniment plus de victimes innocentes et des familles marquées à vie.

On peut saluer aussi l’organisation de ce procès au format exceptionnel et le choix de la place accordée aux parties civiles.

Tout cela peut paraître techniquement très au point.

Le président du tribunal a dû néanmoins écourter la lecture des 120 pages de conclusions conduisant aux condamnations.

D’autre part, le calendrier des audiences les a reléguées au second plan, éclipsées du fait des élections présidentielles puis législatives, et aussi, depuis février, par la guerre en Ukraine.

Restera donc à explorer derechef divers enseignements très importants. Ils auraient pu être mis en lumière dans ce dossier, ils sont demeuré accidentellement dans l’ombre aux yeux du grand public.

On doit souligner d’abord que Salah Abessallam, ainsi que ses comparses, ne sont ni des saints ni des héros. Recrutés dans les bas fonds de la société européenne, ils n’incarnent aucune vertu particulière mais au contraire les porosités permanentes entre les milieux de l’islamisme et ceux du banditisme. Ce ne sont pas d’honnêtes travailleurs indigènes exploités par le grand capital raciste mais tout simplement des voyous. Il faudra relire leurs pedigrees à la lumière de ce dossier fleuve dont on s’est trop vite détourné.

Car un autre aspect du procès n’a été ni instruit, ni plaidé, encore moins médiatisé : celui de l’idéologie haineuse et meurtrière qui a inspiré les attentats aveugles et sanglants. Elle reste impunie. L’islamisme radical, le droit de conquête, l’action systématiquement violente, cela fait partie d’un tout dont les provocations vestimentaires n’en constituent, aujourd’hui, qu’un aspect franchement superficiel.

Les historiens honnêtes commencent, avec 60 ans de retard, à s’interroger, enfin, sur la nature de la guerre menée contre la présence française en Algérie : dès août 1955 dans le Constantinois, il est pourtant clair aujourd’hui que c’était au nom de l’islamisme radical que combattait le FLN. Il disposait alors des soutiens du bloc de l’Est, mais aussi de la complaisance du sénateur Kennedy et de la complicité de certains intellectuels parisiens. Dans cette perspective, les atrocités accomplies alors, et renouvelées depuis, apparaissent non comme accidentelles mais comme autant d’instruments stratégiques. Les documents du congrès de la Soumma de 1956 l’attestent. Mais les freins idéologiques de la gauche française l’ont toujours rendue incapable de le reconnaître.

Les réalités de la guerre actuelle que nous mènent les islamistes prolongent et cet aveuglement et notre paralysie. Cela doit cesser.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent