Allocution présidentielle – Furibard, Macron contraint de composer

Après avoir reçu à l’Elysée, la veille et le jour même, les responsables politiques des partis représentés à l’Assemblée (Christian Jacob, Olivier Faure, Marine Le Pen, Fabien Roussel, Julien Bayou, Mathilde Panot et Edouard Philippe), Emmanuel Macron s’est adressé aux Français mercredi soir. Comment envisage-t-il son quinquennat, maintenant que les Français ne lui ont donné qu’une majorité relative à l’Assemblée ? Il nous l’a fait « à la Macron », furieux comme un enfant qu’on force à prêter ses jouets, mâchoire serrée, regard dur qui n’a cillé que quatre fois en huit minutes (le site Doctissimo classe l’absence de clignement des paupières parmi les dix signes révélateurs de mensonge !) et, au fond, pas plus compréhensif – juste forcé d’en rabattre.

Contraint de ne plus gouverner seul mais de tenir compte des députés, Macron a proposé deux pistes : soit une coalition, soit une majorité au cas par cas en fonction des projets de loi, afin d’éviter le blocage sur des questions à traiter urgemment comme le pouvoir d’achat, la sécurité et la transition écologique. Une proposition assortie d’un ultimatum, le président voulant être fixé à son retour de Bruxelles ce vendredi : « Il faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations de l’Assemblée nationale sont prêtes à prendre : entrer dans une coalition de gouvernement et d’action ? S’engager à voter simplement certains textes ? Notre budget ? Lesquels ? »

Il reste bien le Macron à la main de fer dans un gantelet de métal. Les crises sociales et sanitaires, ni la claque législative, ne lui ont assoupli le cuir. Poser un ultimatum à ses opposants d’aujourd’hui, est-ce le meilleur moyen de s’en faire des alliés de demain ? Non, et les responsables politiques de tout bord n’ont pas attendu qu’il rentre du Parlement européen pour lui signifier, dès mercredi soir, que de coalition il n’est pas question. « Les 89 députés du Rassemblement national, élus de conviction, n’entreront jamais dans une coalition macroniste pour mettre en œuvre des orientations qu’ils entendent combattre », a réagi le RN qui a d’ores et déjà choisi le cas par cas : « Inscrivant leur action dans le cadre d’une opposition responsable, ils réaffirment, toutefois, leur intention d’examiner les textes à la lumière de l’intérêt des Français et de la France. »

Dès la loi sur le pouvoir d’achat qui va être discutée en juillet à l’Assemblée, Macron va donc devoir adoucir ses projets de réformes, amender, composer, maintenant que le Parlement n’est plus une simple chambre d’enregistrement au service d’un président autocratique. La voilà, la « configuration nouvelle » qu’il a appelée de ses vœux… à son corps défendant. Combien de temps supportera-t-il la contradiction parlementaire ? Avec l’ego qu’on lui connaît, résistera-t-il à la tentation de dissoudre l’Assemblée en espérant retrouver l’omnipotence ?

Guy Denaere

Article paru dans Présent daté du 23 juin 2022