« Jupiter » nous refait le coup du « sursaut républicain »

S’il est une chose que l’on ne peut contester à Emmanuel Macron, c’est bien son goût prononcé pour la mise en scène et pour la dramatisation : en effet, alors qu’il avait jusque-là laissé à ses « lieutenants » la charge de gérer les suites du revers électoral essuyé par la majorité dimanche soir, le président tout juste réélu et déjà en difficulté n’a pu s’empêcher de nous gratifier mardi d’une allocution surprise au cours de laquelle il a, comme à chaque fois qu’il se sent menacé par l’opposition, appelé les Français à un « sursaut républicain » et à lui donner une « solide majorité » au nom de… « l’intérêt supérieur de la nation » !

Tout juste réélu et déjà en difficulté

Intervenant directement sur le tarmac de l’aéroport d’Orly, juste avant d’embarquer pour une visite de trois jours en Roumanie et en Moldavie, celui qui pendant cinq ans s’est assis sur les libertés des Français comme jamais aucun de ses prédécesseurs de la Ve n’avait osé le faire avant lui n’a ainsi pas hésité à expliquer, en faisant allusion sans les citer à la probable entrée massive dimanche prochain de députés de la NUPES et du RN à l’Assemblée, que « face aux crises qui ne manqueront pas de survenir, rien ne serait pire que de nous perdre dans l’immobilisme, le blocage ou les postures » et « d’ajouter un désordre français au désordre mondial ». Et Macron, après avoir invoqué « l’intérêt supérieur de la nation », d’ajouter alors sur un ton des plus alarmistes : « Il nous faut défendre nos institutions face à tous ceux qui les contestent et les fragilisent » ; aussi, « dimanche, aucune voix ne doit manquer à la République ».

« Nous sommes les seuls à défendre la République »

Bref, une déclaration qui, au-delà de son caractère ridicule, traduit non seulement l’étrange idée que se fait Macron du jeu démocratique et de la souveraineté populaire, mais aussi une certaine panique du chef de l’Etat à l’approche du second tour des législatives. La chose n’a d’ailleurs pas échappé aux représentants de l’opposition, qui n’ont pas tardé à lui répondre, souvent avec ironie. Comme Jordan Bardella (RN) qui, modifiant ses paroles, a déclaré que « si aucune voix ne doit manquer à la République, alors il faut voter Rassemblement national », car « nous sommes les seuls à défendre la République dans cette élection ». Ou encore Valérie Boyer (LR) qui, constatant que le président nous refaisait « le coup du “c’est moi ou le chaos” », a rappelé très justement que « cela le dérangeait moins lorsqu’il comptait sur les voix de LFI pour la présidentielle ». Quant à Mélenchon, qui a qualifié l’intervention du chef de l’Etat de « sketch à la Trump », en faisant référence aux fréquentes prises de parole de l’ancien président américain devant son avion Air Force One, il a écrit sur son blog : « Macron coule. Dans les urnes, à part chez les plus de soixante ans. Dans les sondages et dans l’autorité sur les siens, le drapeau est en berne… »

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 15 juin 2022