Ensemble vs Nupes, la vraie-fausse opposition

Macron et Mélenchon ? L’un contre l’autre, mais tout contre, dira-t-on. Le premier voit la France comme un « palimpseste », lors d’un discours prononcé dans la cité phocéenne, ce 2 juin : « Marseille, c’est une ville-monde qui est le palimpseste des migrations et d’une France accueillante, avec toutes les défis que cela suppose et toutes les difficultés. » Pour mémoire, un « palimpseste » est un « parchemin dont la première écriture a été grattée ou lavée, et qui fait place à un nouveau texte », à en croire le dictionnaire.

Le second développe peu ou prou semblable feuille de route, même si oubliant son discours tenu en 2017, dans la même ville, à tendancieuse teneur antimigratoire : « La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi. » Cinq ans auparavant, lors de l’élection présidentielle de 2012, il affirmait pourtant : « Hier comme aujourd’hui, je me réjouis que la France soit métissée. » En 2017, son alter-égo élyséen affirmait : « Il n’y a pas de de culture en France, il y a des cultures en France. » Bref, ces Laurel et Hardy ou ces Dupond et Dupont, se félicitent, chacun à leur manière, de cette « créolisation de la France » si chère au patron de la Nupes et à celui d’Ensemble.

Pour le reste, au moins sont-ils d’accord pour faire « barrage à l’extrême droite » ; ce avec cinquante nuances allant du rose au rouge, entre un Jean-Luc Mélenchon assurant que ses électeurs devront aller voter en pleine conscience, le dimanche 12 juin 2022, mais aussitôt démenti par l’un de ses bras-droits, Adrien Quatennens, le lundi suivant, affirmant que pas une voix ne doit aller à l’extrême droite. Du côté du Château, c’est un peu pareil en à peine différent : il s’agit de faire barrage aux extrêmes, mais plus à ceux de droite que de gauche.

Plus sérieusement, qu’est-ce qui différencie aujourd’hui ces deux mouvements arrivés en tête des dernières élections législatives ? Certes, il y a ces programmes consistant à persister dans le racket fiscal, mais l’économie n’est pas tout, surtout quand on sait que les deux mouvements en présence, même si rivalisant d’écologie et de circuits courts, ne remettent, à aucun moment le libre-échangisme mondialisé, principal facteur de pollution planétaire. D’un point de vue historique, la nation n’est pour eux que simples concepts : « start-up nation » d’un côté et « France créolisée » de l’autre. Le pays charnel ? Connaît pas.

D’ailleurs, quand Emmanuel Macron nomme Pap Ndiaye à l’Éducation nationale, qu’aurait fait Jean-Luc Mélenchon ? Nommer Rokhaya Diallo, peut-être… Simple question de nuances, une fois de plus.

De fait, quels seront les rapports de forces dans la future Assemblée ? Une complicité tacite, tout d’abord, que seuls pourraient éventuellement venir égratigner des différents telles que les centrales nucléaires – facilement négociables, pour peu qu’on y mette une touche verte – ou, plus délicat, la sortie de la France de l’Otan. Gageons que nos Insoumis en peau de lapin, même si ce revendiquant d’un gaullisme de gauche pour le moins rétroactif pourraient tôt y renoncer.

En fait, les uns (le parti présidentiel) et les autres (le parti d’opposition auto-désigné) participent finalement du même projet. Les premiers détricotent la France par le haut tandis que les seconds font tout pareil par le bas. Comme quoi la France de la City londonienne et celle des ZAD ont au moins l’internationalisme débridé et la détestation des frontières en commun. Voilà qui rappelle assez bien les combats de catch truqués du siècle dernier, quand s’affrontaient Bourreau de Béthune et Ange blanc, se répartissant les rôles en faisant mine de se mettre des roustes, alors que les coups donnés n’y étaient que de théâtre. Le public y trouvait alors son compte, quoique depuis devenu de plus en plus exigeant, pourrait bien se retourner vers un adversaire autrement plus crédible au système en place, le Rassemblement national, en l’occurrence. Réponse dimanche prochain.

Nicolas Gauthier

Tribune reprise de Boulevard Voltaire