Ukraine : les États-Unis responsables du conflit, un article du NYT

Le New York Times est le représentant attitré de l’« establishment » de la côte est et du versant woke de la côte ouest américaine. Mais il publie parfois des tribunes libres qui marquent un ton très différent, comme celle de Christopher Caldwell le 31 mai 2022, qui indique clairement un partage des responsabilités de la guerre Russie/Ukraine. Une analyse assez éloignée de ce que l’on peut lire habituellement dans les médias de grand chemin. Les intertitres sont proposés par la rédaction de l’Ojim.

La guerre en Ukraine pourrait être impossible à arrêter. Et les États-Unis en sont en grande partie responsables.

Dans le quotidien parisien Le Figaro de ce mois-ci, Henri Guaino, l’un des principaux conseillers de Nicolas Sarkozy lorsqu’il était président de la France, a prévenu que les pays d’Europe, sous la direction peu perspicace des États-Unis, étaient “somnambules” dans la guerre avec la Russie. M. Guaino a emprunté une métaphore utilisée par l’historien Christopher Clark pour décrire les origines de la Première Guerre mondiale.

Responsabilités partagées

Naturellement, M. Guaino comprend que la Russie est la plus directement responsable du conflit actuel en Ukraine. C’est la Russie qui a massé ses troupes à la frontière l’automne et l’hiver derniers et qui, après avoir exigé de l’OTAN un certain nombre de garanties de sécurité liées à l’Ukraine que l’OTAN a rejetées, a commencé à bombarder et à tuer le 24 février.

Mais les États-Unis ont contribué à transformer ce conflit tragique, local et ambigu en une conflagration mondiale potentielle. Selon M. Guaino, en ne comprenant pas la logique de la guerre, l’Occident, dirigé par l’administration Biden, donne au conflit un élan qui pourrait être impossible à arrêter. Il a raison.

Retour à 2014 et au pseudo Maïdan

En 2014, les États-Unis ont soutenu un soulèvement — dans sa phase finale, un soulèvement violent — contre le gouvernement ukrainien légitimement élu de Viktor Yanukovych, qui était pro-russe. (La corruption du gouvernement de M. Ianoukovitch a été beaucoup mise en avant par les défenseurs de la rébellion, mais la corruption est un problème ukrainien permanent, même aujourd’hui). La Russie, à son tour, a annexé la Crimée, une partie de l’Ukraine historiquement russophone qui, depuis le 18e siècle, abritait la flotte russe de la mer Noire.

On peut discuter des revendications russes sur la Crimée, mais les Russes les prennent au sérieux. Des centaines de milliers de combattants russes et soviétiques sont morts en défendant la ville de Sébastopol contre les forces européennes lors de deux sièges, l’un pendant la guerre de Crimée et l’autre pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces dernières années, le contrôle russe de la Crimée a semblé offrir un arrangement régional stable : Les voisins européens de la Russie, au moins, ont laissé les chiens dormir.

Ukraine/US, la Charte de partenariat stratégique de novembre 2021

Mais les États-Unis n’ont jamais accepté cet arrangement. Le 10 novembre 2021, les États-Unis et l’Ukraine ont signé une “charte de partenariat stratégique” qui demandait à l’Ukraine de rejoindre l’OTAN, condamnait “l’agression russe en cours” et affirmait un “engagement inébranlable” en faveur de la réintégration de la Crimée dans l’Ukraine.

Jusqu’à présent, le déroulement mouvementé de la guerre en Ukraine a justifié le diagnostic de M. Poutine, mais pas sa conduite. Bien que l’industrie militaire ukrainienne ait été importante à l’époque soviétique, en 2014, le pays n’avait pratiquement plus d’armée moderne. Les oligarques, et non l’État, ont armé et financé certaines des milices envoyées pour combattre les séparatistes soutenus par la Russie dans l’est du pays

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