Société de surveillance : toujours plus loin !

Oubliez votre liberté ! Après le passe sanitaire – qui, soit dit en passant, n’est pour l’heure que suspendu –, plusieurs projets pourraient bien mettre à nouveau à mal l’intimité des Européens. Les arguments donnés par les oppresseurs rendront difficile toute contestation.

« Big Brother is watching you » ! Dans son roman 1984, publié en 1949, George Orwell nous donnait un avertissement : un jour, notre « sécurité » pourrait bien être un prétexte pour les mesures les plus liberticides. En 2021, l’application du « passe sanitaire » était une nouvelle étape de contrôle de la population dans les pays occidentaux. La Chine, elle, avait mis en place depuis plusieurs années déjà un « crédit social » extrêmement intrusif, comprenant notamment un système de reconnaissance faciale.

C’est justement cette méthode de vidéosurveillance ultra-moderne (et ultra-oppressante !) qu’a proposée le maire de Nice, Christian Estrosi, le 31 mai dernier. Une information inquiétante quand on sait que l’ancien cadre de l’UMP est désormais très proche d’Emmanuel Macron.

Puisqu’il faut toujours un prétexte, Christian Estrosi utilise cette fois-ci les incidents survenus au Stade de France lors de la finale de la Ligue des Champions. Il s’attaque par ailleurs à la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), organisme qui tente tant bien que mal d’assurer un minimum de liberté aux Français.

« Je souhaiterais qu’enfin on mette un coup d’arrêt à ce que nous interdit la CNIL, cette espèce d’institution poussiéreuse qui interdit d’utiliser la reconnaissance faciale. […] Il est difficile pour les forces de police d’interpeller, au risque d’avoir des blessés, voire des morts, 1 000 ou 2 000 personnes. Mais par contre, s’ils sont identifiés par de la reconnaissance faciale, s’ils sont interdits de stade et si on peut aller les cueillir au petit matin chez eux pour les mettre en garde à vue, l’intelligence artificielle jouera pleinement son rôle. »

Le Français moyen, en plus de se faire agresser par des délinquants qui bénéficient du laxisme de la justice, pourrait donc bien être suivi à la trace en permanence ou presque. Comme avec le passe sanitaire, nul doute que les esclaves mentaux diront que « les innocents n’ont rien à cacher ». Les amoureux de la liberté seront eux considérés comme suspects.

La Commission européenne, elle, est sur le point de s’en prendre aux systèmes de messagerie privée. Comme le révèlent nos confrères de l’OJIM (Observatoire du journalisme), l’instance continentale a publié un projet de loi qui obligerait les fournisseurs de services de communication comme Telegram et WhatsApp à vérifier automatiquement les messages de leurs utilisateurs avant qu’ils ne soient envoyés.

Une fois de plus, une noble cause justifie la mesure : la lutte contre la pédopornographie. Bien sûr, la quasi-totalité des utilisateurs, à mille lieues d’avoir de telles pratiques, seront scrutés. Qui s’opposera au projet sera immédiatement pointé du doigt.

Plusieurs organisations de défense des droits civiques ont cependant signalé les risques de cette surveillance qui serait gérée par une intelligence artificielle. Elles notent aussi que les criminels sexuels agissent essentiellement sur d’autres plates-formes, notamment sur le dark web. Ou via des réseaux politiques élitistes, comme celui de Jeffrey Epstein, bien sûr.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 7 juin 2022