De la Syrie au Stade de France : Ibrahim, l’influenceur qui connaît les bons endroits

La course à la notoriété sur Instagram, Twitter et autres réseaux sociaux a fait une nouvelle vedette. On appelle les gens qui seraient prêts à se damner pour une poignée de « likes », et qui n’imaginent vivre leur vie sans la prendre en photo et la poster, couverte de filtres divers, des « influenceurs ». Parmi ces influenceurs, il y en a un que j’aimerais vous présenter. Il s’appelle Ibrahim, comme tout le monde, mais il est plus connu sous son alias « Challenger.67 ». Ce brave jeune homme s’était en effet filmé, il y a quelques jours, en train de tirer à la kalachnikov, dans un endroit qu’il présente comme la Syrie. Peut-être est-ce la course à la notoriété qui lui a fait perdre le sens des réalités. Peut-être la Syrie est-elle devenue un parc d’attractions à ciel ouvert, maintenant qu’il ne subsiste plus de Daech que quelques métastases, toujours traitées mais sorties provisoirement de la phase critique ? Allez savoir.

Bref, trois jours après cette vidéo « lifestyle », Challenger, ou Ibrahim, s’est tranquillement filmé devant le Stade de France, le soir de la désastreuse finale que l’on sait. Il se met en scène en train de passer tranquillement en fraude sous les portiques et se paie même le luxe d’interpeller Cyril Hanouna, le Drucker de notre temps, qui, lui, semble avoir du mal à entrer dans le stade. Ibrahim, ou Challenger, explique qu’il est entré grâce à sa notoriété. Pourquoi pas. La prophétie de Warhol sur le quart d’heure de gloire n’a jamais été aussi vraie.

Le monde des influenceurs étant, semble-t-il, petit, il se trouve que notre ami Ibrahim était en Syrie (ou ailleurs, puisqu’à ma connaissance, rien n’est confirmé sur la localisation exacte) en compagnie d’une autre vedette des réseaux sociaux : Rayanne B. Vous l’ignorez probablement, mais le prénom Rayanne (parfois orthographié Rayane ou Rayan, mais jamais Ryan) fait partie du Top 10 des prénoms de la diversité, comme Ibrahim d’ailleurs. Rayanne, donc, déjà sévèrement condamné à un rappel à la loi pour avoir volé un camion de pompiers et traité les soldats du feu de fils de pute. C’était en octobre 2021. Le Figaro, très au courant des dernières tendances (et je ne parle pas uniquement du port du pull saumon à La Baule), ajoute que Rayanne et Ibrahim sont caractéristiques d’une nouvelle génération d’influenceurs qui se prennent en photo devant des symboles de richesse (Dubaï, par exemple), mais aussi en djellaba, allant faire la prière, pour inciter leurs fans à respecter les fêtes et les impératifs du calendrier musulman.

Il y a, tout d’abord, un petit côté « où est Charlie » dans cette succession de cartes postales envoyées par ces deux abrutis : ils ont, à eux deux, couvert une bonne partie de la carte des endroits où il faut être pour compter dans le nouveau show-business : en Syrie (ou assimilé) en train de tirer à la kalach, en banlieue pendant une ratonnade de Blancs, dans un camion de pompiers volé… Ibrahim et Rayanne sont toujours dans les bons coups. Ils connaissent les bons endroits. Je note également que les nouveaux influenceurs mixent les codes de la cité avec ceux de l’islam rigoureusement pratiqué : moitié clip de RnB, moitié cours de caté sunnite.

Il y aurait un livre à consacrer à la sociologie de ces Français qui sont, ni plus ni moins, le futur visage de notre pays. Ils sont nourris aux tacos, au McDo et au Capri-Sun ; ils sont vêtus de capuches comme les paysans d’autrefois (mais pour échapper aux caméras) ; ils sont « éduqués » par un père violent et absent, une mère à la fois soumise et abusive, une fratrie nombreuse et enregistrée dans les fichiers depuis toujours. Ils sont « instruits » par des professeurs dépressifs et timorés, des programmes suintants d’idéologie nauséabonde. Ils sont « formés » par un flot continu de retransmissions sportives, de films porno, de clips de musique abrutissante. On ajoute un peu de psychotropes (gaz hilarant, alcool, chichon évidemment), un vocabulaire inférieur à 300 mots (qui rend la violence prévalente et l’ascension sociale impossible), une pratique de l’islam essentiellement sociale et hypocrite… et on n’est pas mal.

Gérald Darmanin ne se rendra pas sur place, pour une fois. Où irait-il, d’ailleurs ? Ces influenceurs sont partout. Ils vont trop vite pour lui. Ils sont la France qui advient : ça ne sert à rien de les arrêter. Mieux vaut les laisser passer, comme ces stadiers amateurs, recrutés sur Facebook pour assurer la sécurité de la finale Liverpool – Madrid.

Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire