Un « woke » pour la tambouille macronienne – Nomination de Pap Ndiaye à l’Éducation nationale

La nomination de Pap Ndiaye au ministère de l’Education nationale vendredi dernier a été la seule grosse surprise de la composition du gouvernement Borne. C’est également celle qui a suscité le plus de réactions. Il est vrai que cet historien spécialiste des Etats-Unis, des minorités et des « discriminations », ancien directeur du musée de l’immigration, a un profil particulièrement « clivant », comme l’on dit désormais pour ne pas dire « polémique » ou « qui divise », ce qui serait trop péjoratif pour quelqu’un censé représenter l’ensemble de la nation. Ce choix est en tout cas clairement un revirement complet d’Emmanuel Macron qui a pourtant soutenu durant tout son premier mandat le « conservateur » Blanquer qui, s’il n’a pas réalisé de miracles ni révolutionné une Education nationale subclaquante, avait tout de même le mérite de se montrer relativement rétif aux plus excessifs des délires du progressisme « woke ». Cette volte-face s’explique sans doute très largement par la volonté du président de la République de donner des gages à la gauche et à l’extrême gauche dans l’optique des élections législatives. La bourgeoisie dite « conservatrice » lui étant désormais totalement acquise, démontrant par là que son attachement aux questions économiques et patrimoniales est supérieur à toute autre considération (GPA, avortement, souveraineté…), il s’agit désormais pour Emmanuel Macron de tenter de fragiliser la nouvelle coalition NUPES en attirant à lui les éléments les plus modérés de cette fragile association. Pap Ndiaye semble idéal pour atteindre cet objectif, suscitant l’admiration des indigénistes et antiracistes de tous poils et servant d’épouvantail à la droite nationale et identitaire. Le plan macronien semble d’ailleurs fonctionner, chacun y jouant parfaitement son rôle.

Ainsi Dominique Sopo, le président de SOS Racisme, a-t-il qualifié de « beau symbole » l’entrée de l’historien au gouvernement, tandis que Jean-Luc Mélenchon lui-même, malgré son statut d’opposant numéro un au président de la République, a salué « l’audace » que représentait la nomination de ce « grand intellectuel ».

A l’inverse, les ténors de la droite nationale ont déjà commencé à tirer à boulets rouges sur le nouvel hôte de la rue de Grenelle. Marine Le Pen a notamment affirmé que « la nomination de Pap Ndiaye, indigéniste assumé, à l’Education nationale, est la dernière pierre de la déconstruction de notre pays, de ses valeurs et de son avenir ». Pour le président du RN Jordan Bardella, « Pap Ndiaye est un militant racialiste et anti-flics », tandis que pour Eric Zemmour c’est « un vrai intellectuel indigéniste, un vrai woke ». Si ces critiques semblent assez largement justifiées et que la personnalité et le parcours de Pap Ndiaye nourrissent de légitimes inquiétudes quant aux futures politiques éducatives, il convient toutefois de ne pas se focaliser excessivement et uniquement sur une ou deux personnalités mises volontairement en avant. C’est bien le macronisme « en bloc » qu’il faut combattre et pas seulement ses symboles les plus médiatiques du moment.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 23 mai 2022