Sur un « chantier prioritaire » de la Macronie, par Jean-Gilles Malliarakis

Eu égard à son impact désastreux sur nos finances publiques délabrées, le système actuel des assurances vieillesse ne peut plus durer en l’état. Mais une vraie question se pose au préalable : La réforme des retraites est-elle politiquement possible ?

Observons d’abord les effets de la démagogie.

Alors qu’en Allemagne, pour bénéficier d’une pension à taux plein, l’âge légal de départ à la retraite, actuellement de 65 ou 66 ans, nos voisins l’ont porté, à 67 ans à l’horizon 2029.

La France de son côté a vu se partager les forces politiques sur cette seule question à l’occasion de la campagne électorale.

Par rapport à un âge légal actuel de 62 ans, on avait entendu une candidate parler d’abord de revenir à 60 ans. Une telle disposition catastrophique avait été inventée sous Mitterrand. Arrivant au pouvoir en 1981, la gauche imaginait alors de réduire le chômage en diminuant l’offre de main-d’œuvre. Cette absurde doctrine socialiste de « partage du travail » fut amplifiée sous Jospin par Martine Aubry avec sa loi des 35 heures. Leur imitatrice, députée du Pas-de-Calais se ravisa au dernier moment. Elle modulant son indécente proposition en se raccrochant au nombre d’années cotisées. Les électeurs ne lui ont fait grief ni de la démagogie initiale ni du changement de pied. Elle recueillit 13 millions de voix au second tour.

La candidate de la droite classique proposa, quant à elle, de retourner vers un âge légal de 65 ans. Elle obtint moins de 5 % des voix. Certes d’autres raisons expliquent son résultat, désastreux pour son parti, mais on retiendra la confirmation que les programmes raisonnables, ou les moins déraisonnables ne bénéficient pas à leurs promoteurs.

Observons maintenant les effets de l’étatisme.

Le candidat élu se targuait lui aussi d’allonger, à terme, et progressivement, avec une cause de révision possible, jusqu’à 64 ans. « En même temps » qu’il opérait cette pseudo-synthèse, il laissa rapidement entendre qu’il s’agit d’un « chantier » prioritaire.

Parmi les impressions inquiétantes, ressenties de plus en plus par le piéton de Paris, outre la saleté des trottoirs on doit mentionner le nombre de chantiers paraissant à l’abandon. L’incompétence évidente du coordinateur municipal des travaux, affilié sans surprise au PCF, reflète à l’évidence l’ensemble de la gouvernance Hidalgo. Les électeurs de la Capitale, tous quartiers confondus ne s’y sont pas trompés, qui n’ont voté pour leur maire, le 10 avril, qu’à 2,17 %, soit guère plus que la moyenne nationale de 1,75 %.

Ces chantiers en jachère ne restent pas hélas l’apanage des crasseux et des communistes qui infestent le paysage municipal parisien. Ils sont devenus la maladie invasive du pays tout entier.

En effet l’étiage de 64 ans correspond à la limite retenue pour l’âge pivot d’une réforme précédente imposée puis avortée en 2019-2020. Le chef de l’État se prononce donc désormais pour une méthode étrangement hybride. Il déclare sur France Inter : « Je pense qu’on peut le faire si on invente une forme de dialogue social nouvelle […] Les partenaires sociaux, dans cette période, je ne peux pas faire comme s’ils n’avaient pas pris leurs responsabilités. » Mais toujours « en même temps », son inepte ministre de l’Économie a reconnu maladroitement le 25 avril que l’utilisation de l’article 49-3 ne peut être écartée pour imposer le projet « paramétrique » voulu à Bercy.

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, était considéré comme le principal allié du pouvoir quand, en 2017-2019, Emmanuel Macron se gargarisait d’un projet de « régime unique », fusionnant les 42 régimes existants. Il a toujours dit refuser la confusion entre cette réforme systémique, infaisable en fait, et le remodelage « paramétrique » de l’âge pivot. On n’est toujours pas sorti de cette impasse.

Le 26 avril, dans une tribune au Monde, le camarade Berger interpelle donc le chef de l’État. Il lui demande de convoquer « dès aujourd’hui » une rencontre avec les partenaires sociaux et les grandes associations.

De son côté un syndicat concurrent comme la CFTC, par la voix de son président Cyril Chabanier se réjouit à l’idée que « le système n’est pas menacé » et que la grande idée avance du « financement de la dépendance », c’est-à-dire d’une nouvelle branche de la sécurité sociale étatisée par le plan Juppé de 1997.

La France continuera-t-elle longtemps de s’appauvrir et de s’affaiblir ainsi par la voie imparable du collectivisme inhérent, à un système de répartition monopoliste géré par les politiques ? Osons espérer ici qu’une faillite généralisée de l’État ne vienne pas remédier par la contrainte aux errements de l’étatisme.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent