Au Pavillon d’Armenonville, à Paris : les militants de Le Pen entre désillusion et résolution

Les quelques centaines de militants présents au Pavillon d’Armenonville, dans le XVIe arrondissement, n’ont pas caché leur déception en voyant le visage d’Emmanuel Macron s’afficher à l’écran à 20 h. 42 %. La défaite est amère, mais pas aussi sèche qu’en 2017. Le champagne a tout de même été bu et les petits fours grignotés sans grand entrain. On a même aperçu quelques larmes. Il faut dire que Marine Le Pen revient de loin. Sortant d’une campagne difficile, diabolisée jusqu’à l’insulte par la Macronie et attaquée sur sa droite par Éric Zemmour, Marine Le Pen a démontré, pour qui pouvait encore en douter, qu’elle avait le cuir solide et rudement tanné par les coups.

Comme pour ne pas laisser la morosité s’installer, Marine Le Pen est apparue, dès 20 h 15, pour un discours de quelques minutes. « Un grand vent de liberté aurait pu se lever ce soir », semble regretter celle qui achève sa troisième campagne présidentielle en tant que candidate. Néanmoins, elle n’a pas voulu laisser ses troupes douter. Derrière cette élection se profilent déjà, dans son esprit et dans celui de ses cadres, les élections législatives à venir. Entre un bloc macroniste triomphant et un bloc Insoumis déjà projeté dans cette échéance, le RN doit se tailler une place de choix dans l’Hémicycle. Car 42 % (41,2 % à 22 h, ce 24 avril), c’est mieux, mais ce n’est pas assez pour taire tous les doutes. Cela, Éric Zemmour l’a bien compris. À quelques encablures de son QG du VIIIe arrondissement, le président de Reconquête, éliminé au premier tour avec 7 % des voix, a appelé de ses vœux des unions et des alliances en vue de ces élections législatives. Jouant le prophète de malheur, Zemmour a tenu à rappeler qu’il avait toujours dit que personne ne pouvait gagner seul. Reste à savoir si ses mots seront entendus. Quoi qu’il en soit, et au fur et à mesure de l’affinage des résultats définitifs, Marine Le Pen arrive en tête dans les DOM-TOM, mais également dans nombre de territoires. Ce fut la France périphérique, celle de la classe moyenne, celle du travail et du déclassement, et elle est encore nombreuse. Reste à savoir si, après cette défaite, elle se mobilisera à nouveau. En tout cas, Marine Le Pen est résolue à jeter toutes ses forces dans la bataille qu’elle « mènera aux cotés de Jordan Bardella ». Le jeune président par intérim du RN a été mis, ce soir, sur un piédestal par la candidate. Il faut dire qu’il a été particulièrement en vue pendant l’entre-deux-tours. « J’espère qu’il est bien l’avenir », murmure un cadre local du parti.

Quoi qu’il en soit, le plus dur reste à faire pour le RN. Les élections législatives doivent permettre au parti de Marine Le Pen de constituer un groupe solide à l’Assemblée nationale, entre LFI et LREM. Avec 41,2 %, Marine Le Pen ne fait pas assez pour gagner mais suffisamment pour considérer qu’elle n’a besoin de personne. Déjà, certains cadres murmurent qu’il faut des alliances tandis que d’autres affirment que rien n’est à négocier avec un parti « de traîtres à 7 % », pour reprendre les mots d’un militant présent. Les jours qui viennent seront décisifs pour le bloc souverainiste et national.

Marc Eynaud

Tribune reprise de Boulevard Voltaire