Présidentielle 2022 : la campagne Zemmour vue de l’intérieur par Jean-Yves Le Gallou

Immersion dans la campagne Zemmour avec Jean-Yves Le Gallou. Les choix stratégiques. L’euphorie et le meeting de Villepinte. Les trous d’air et le trou noir de la France périphérique. Marine et le pouvoir d’achat..

ÉLÉMENTS : Comment vous retrouvez-vous dans la campagne de Zemmour ? Serait-ce que vous faites de la politique depuis 45 ans et que vous ne vous imaginiez pas laisser passer pareille occasion ?

JEAN-YVES LE GALLOU. C’est surtout que j’ai noué des relations amicales avec Éric depuis longtemps. Cela doit faire une quinzaine d’années que nous déjeunons ensemble tous les deux ou trois mois. Sa candidature vient assez rapidement sur la table. Il l’a longuement mûrie, suffisamment pour lancer sa campagne en deux temps. Au printemps, je le rencontre avec Sarah Knafo. Non seulement il est décidé à y aller, mais il est décidé à y aller sur ses thématiques : la question identitaire, le Grand Remplacement, l’avenir de la France. Rapidement, le choix est fait d’éviter les embûches sur tous les sujets qui ne relèvent pas directement des enjeux de civilisation en présentant un programme sans trop d’aspérités. On ne parlera pas de l’euro. Au niveau européen, la ligne consistera à affirmer notre souveraineté sans sortir de l’Union européenne. Des propositions économiques budgétairement raisonnables. Voilà pour le programme, dans ses grandes lignes. J’échange régulièrement avec lui jusqu’en novembre, quand il crée un comité politique avant le meeting de Villepinte, le 5 décembre. Il m’invite alors à le rejoindre. Après un départ en fanfare, il traverse une première période difficile. Sa misogynie présumée, ses déclarations historiques anciennes sur le maréchal Pétain ouvrent le bombardement médiatique. Feu sur Zemmour ! Et il est si nourri, je parle du feu, qu’on aurait pu croire que Pétain était candidat à l’élection présidentielle. Il faut dire qu’aujourd’hui, Hitler présidant la Russie, tout est désormais possible. Je suis blindé, mais je connais trop les dommages collatéraux pour savoir qu’il faut sortir au plus vite de cette séquence. Je m’intègre donc un peu plus en avant dans le dispositif de campagne.

ÉLÉMENTS : C’est quoi, ce comité politique ? C’est là que se prennent les décisions ?

JEAN-YVES LE GALLOU. Non. C’est initialement la structure d’accueil des ralliements. Il y a au départ des personnalités conservatrices et des Gilets jaunes, les premiers à avoir rallié Zemmour, auxquels viennent s’ajouter les noms de Guillaume Peltier, Jérôme Rivière, Nicolas Bay, Marion Maréchal, puis les sénateurs Ravier et Meurant. Un lieu d’échanges, de recueil d’informations et de réflexions. Un conseil de Sages (?) en quelque sorte.

ÉLÉMENTS : Il y aussi des gens comme Paul-Marie Coûteaux ?

JEAN-YVES LE GALLOU. Paul-Marie Coûteaux et Charles Millon sont toujours restés à l’extérieur. Le fonctionnement se fait à travers des groupes sur des boucles Telegram qui planchent sur des sujets bien identifiés. Les débats sont très libres. C’est franco. Mais à la fin une synthèse doit émerger et déboucher sur des propositions ou des options synthétisées par Sarah Knafo. Ensuite, c’est Éric qui décide, pas toujours dans le sens de ces orientations prises en amont. L’essentiel pour lui, c’est de s’en tenir à sa ligne sans avoir à rogner ses convictions. C’est la différence avec ses rivaux : sa sincérité. Et elle a un coût.

ÉLÉMENTS : Mais ce « coût » peut également s’avérer positif. La sincérité dénote, détonne même, dans l’univers politique…

JEAN-YVES LE GALLOU. Oui, évidemment, mais l’offre politique aujourd’hui est déterminée par les médias. C’est eux qui fixent l’agenda politique et les éléments de langage qui vont avec. Typiquement la question du pouvoir d’achat. Elle a été imposée par les sondages et les médias, avant de l’être par les événements. Que ressort-il des sondages ? Pouvoir d’achat, pouvoir d’achat, érigé en première préoccupation des Français, devant l’immigration et l’insécurité. Le tour de passe-passe est d’autant plus facile à exécuter que les instituts de sondage prennent soin de séparer dans les enquêtes d’opinion l’immigration et l’insécurité, ce qui les rétrograde dans l’échelle des préoccupations des Français. Les sondages créent des biais de représentation. Mieux : ils fonctionnent à l’instar des prophéties autoréalisatrices. Lors d’une présidentielle, les sondages tombent tous les jours avec une régularité de métronome ; et la chute dans les sondages entraîne la chute tout court. D’autant que les médias traitent la campagne et les candidats comme la course aux petits chevaux. Je me souviens qu’en 1988, Jean-Marie Le Pen avait dépensé le tiers de son budget pour la campagne présidentielle dans une campagne d’affichage quatre par trois mètres. On ne voyait pas sa tête, seulement une phrase « Le Pen l’outsider » avec une course de chevaux. C’est ce manège que les sondages entretiennent à partir d’arbitrages douteux. Pourquoi, à un demi-point près, faire passer tel candidat au-dessus, tel autre en dessous ?

ÉLÉMENTS : Mais ça ne peut pas constituer une excuse. La campagne de Zemmour en octobre est lancée elle aussi par des sondages très favorables…

JEAN-YVES LE GALLOU.
C’est vrai, mais les choses changent assez vite. Vous rappelez-vous d’un des grands thèmes de la présidentielle 2017 ressassé par les sondeurs ? Non ! Eh bien c’était la dette, sujet qui a aujourd’hui disparu, alors même qu’elle a gonflé de 600 milliards d’euros… Pour tout dire, je suis quelque peu embarrassé par cette question du pouvoir d’achat parce qu’elle consiste trop souvent à occulter le politique. En quoi est-elle porteuse d’un projet collectif ? Disant cela, je ne dis pas qu’il ne faut pas en parler, au contraire, mais à la condition de mettre sur la table toutes les données de l’équation. D’abord les salaires. Que se passe-t-il avec les salaires ? Il se trouve que s’exerce sur eux une double pression à la baisse : parce que la main d’œuvre française est mise en concurrence par les délocalisations et par l’immigration. Comment pourrions parler du pouvoir d’achat sans aborder aussi l’épineuse question des logements ? Vous faites comment quand, chaque année, 400 000 nouveaux arrivants débarquent ? Vous les logez où ? Le pouvoir d’achat, c’est aussi les matières premières, pétrole en tête, dont les fluctuations de prix dépendent des conditions internationales. Qui aborde le pouvoir d’achat sous cet angle ? Personne. C’est à qui, de Marine Le Pen ou d’Emmanuel Macron, sortira le chéquier le plus vite ? Très bien, mais comment financera-t-on cette générosité avec l’argent public ? La question ne semble pas être arrivé jusqu’au cerveau des journalistes. Alors que le moindre sujet qui a trait à l’immigration soulève des objections en cascade. Ici, rien. En cinq minutes, la « générosité » des candidats crée dix milliards de dettes. Circulez, y’a rien à voir. Et puis c’est bien gentil de distribuer du pouvoir d’achat, mais sans réindustrialisation et économie de l’offre, cela débouche sur le déficit de la balance commerciale : en 2021, 85 milliards d’euros, qu’on finance en vendant le patrimoine immobilier et artistique à des oligarques et des entreprises stratégiques à des fonds de pension américain. Mais comme dirait Macron : « C’est notre projet ! »

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