Corse : Macron, le pompier pyromane

Au lendemain de l’annonce de la mort d’Yvan Colonna, Emmanuel Macron, invité sur la radio France Bleu, a appelé au « calme et à la responsabilité » et à des « discussions apaisées » en Corse. Sages paroles et nobles préoccupations mais est-il le mieux placé pour lancer cet appel, lui qui, avec l’aide empressée de ses ministres, a tout fait pour favoriser un regain de tension et de violence sur l’île de beauté ?

En effet, du moins si l’on en croit Le Canard Enchaîné, le président de la République aurait, à l’approche des élections, engagé des tractations avec les « nationalistes » corses en vue d’accorder une plus grande part d’autonomie à l’île afin de tenter « d’acheter », ni plus ni moins, un électorat insulaire qui lui avait fait défaut au dernier scrutin (la Corse est en effet la région de France qui a le moins massivement voté pour Emmanuel Macron en 2017). Quel meilleur moyen que cette tambouille électoraliste pour redonner de l’espérance et de l’énergie au mouvement indépendantiste ?

Ce fut ensuite au tour du ministre de l’Intérieur d’en remettre une couche en déclarant, avant même le début de tout débat, que le gouvernement était « prêt à aller jusqu’à l’autonomie ». Quelle étrange façon de négocier que d’abattre tout son jeu quand la partie n’est pas même entamée ! Est-ce encore là le résultat d’un judicieux (et coûteux) conseil du cabinet McKinsey ? Quoi qu’il en soit, comment ne pas voir dans ces propos un encouragement aux maximalistes et autres jusqu’au-boutistes corses, conscients de leur avantage et prêts à saisir l’occasion pour le pousser le plus loin possible ? Le FLNC l’a d’ailleurs bien compris en faisant immédiatement planer la menace d’une reprise de la lutte armée.

C’est enfin à nouveau Gérald Darmanin qui a rajouté de l’huile sur le feu en plaçant, de façon tout à fait scandaleuse, sur un pied d’égalité l’agression de l’assassin du préfet Erignac et l’assassinat de Samuel Paty, donnant un peu plus de grain à moudre à ceux qui veulent faire d’Yvan Colonna un « martyr ». Martyr de l’Etat français bien sûr, et nullement de l’islamisme. Le fait que l’agresseur d’Yvan Colonna soit un djihadiste d’origine camerounaise semble en effet avoir totalement disparu du débat, la colère et la vindicte des « nationalistes » corses se concentrant uniquement sur l’Etat français, cible il est vrai plus facile et bien moins dangereuse.

On voit bien en tout cas que le gouvernement macroniste est incontestablement responsable, du moins partiellement, de l’explosion de violence qui a secoué la Corse et qui pourrait se renouveler dans les prochains jours quand le temps du deuil et du recueillement sera passé.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 23 mars 2022