En Tunisie comme en Libye, la transplantation des « principes » démocratiques ont provoqué le chaos, par Bernard Lugan

En Tunisie comme en Libye, la transplantation des «principes » démocratiques et des valeurs abstraites postulées universelles de l’Occident, l’ignorance ou même parfois le mépris de l’histoire, ont provoqué le chaos.

En conséquence de quoi, la Tunisie est aujourd’hui placée devant un choix très clair :
– L’anarchie politique avec l’effondrement socio-économique suivi de la prise de pouvoir par les islamistes.
– Un régime fort capable de rétablir ordre et confiance.

Avec courage, le président Kaïs Saied a choisi la seconde option. Or, ceux qui, en 2011, ont provoqué le chaos avec la « révolution du jasmin », mènent actuellement campagne contre lui. Avec naturellement le soutien des médias français et des éternels cocus de la « bonne gouvernance ».

En Libye, en dehors d’une nouvelle guerre de tous contre tous, deux options sont possibles :

1) La reconstitution d’un Etat fort, ce qui semble difficile dans un pays historiquement caractérisé par une définition de non-Etat (voir mon livre Histoire de la Libye). Une option qui impliquerait un retour à la situation antérieure avec l’émergence d’un nouveau « colonel Kadhafi ». Dans l’immédiat, aucune personnalité ne semble en mesure de jouer ce rôle. Sauf peut-être Saïf al-Islam, le fils du colonel. Lui seul serait en effet en mesure de reconstituer les anciennes alliances tribales au sein des grandes confédérations de Cyrénaïque, de Tripolitaine et du Fezzan.

2) La constitution de deux pôles confédérés, donc la reconnaissance officielle de l’éclatement de la Libye. Une telle orientation aurait l’avantage de circonscrire les luttes de pouvoir au sein de deux régions et donc de limiter l’effet domino régional.

Cependant, le plus important est de voir que l’avenir de la Libye passe par la recomposition des solidarités tribales détruites par la guerre que Nicolas Sarkozy, bien mal inspiré par BHL, déclencha contre le colonel Kadhafi.

Plus généralement, dans toute l’Afrique, tant au nord qu’au sud du Sahara, la priorité n’est pas économique, même si le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont pour but l’intégration dans l’économie planétaire. Les vrais problèmes du continent sont politiques, institutionnels et sociologiques. Nous sommes en effet devant une évidence de politique d’abord. Or, nos impératifs universalistes nous empêchent et même nous interdisent de voir l’évidence de la différence car le corps social africain n’est pas celui de l’Europe ou celui de l’Asie. L’approche économique ressemble à celle d’un jardinier qui s’obstinerait à vouloir greffer un prunier sur un palmier et qui s’étonnerait qu’en dépit des montagnes d’engrais déversées, sa greffe ne prenne pas. Sans parler naturellement du postulat démocratique dont le résultat est l’ethno-mathématique électorale, le pouvoir revenant automatiquement aux ethnies les plus nombreuses.

Bernard Lugan

Texte repris du Blog de Bernard Lugan