D’une « guerre » à l’autre, la macronie mise sur la peur

Emmanuel Macron est ambigu dans son rôle attendu d’homme de paix. Certes, le chef de l’Etat a maintenu le contact avec Vladimir Poutine et c’est une bonne chose. Il a également contraint, mardi, Bruno Le Maire à corriger ses propos belliqueux. Le ministre de l’Economie s’était cru autorisé à rappeler la détermination de l’Europe à « livrer une guerre économique et financière totale à la Russie (…) et provoquer l’effondrement de l’économie russe ». « Le terme de guerre était inapproprié et ne correspond pas à notre stratégie de désescalade », s’est amendé Le Maire. Quelques heures plus tôt, l’ancien président russe Dmitri Medvedev avait tweeté : « Surveillez votre langage, Messieurs ! Et n’oubliez pas que les guerres économiques se transforment assez souvent en vraies guerres ». Cependant, c’est Macron qui, lundi, a choisi de nationaliser le conflit entre l’Ukraine et la Russie, en faisant passer un solennel « message aux armées » françaises.

Dans ce texte guerrier, le président explique : « Dans ce contexte de fortes tensions, la France sait pouvoir compter une nouvelle fois sur ses armées (…) Je sais pouvoir compter sur vous (…) ». Jeudi, sur TFI, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait pour sa part déclaré : « Poutine doit comprendre que l’Otan est une alliance nucléaire. Je n’en dirai pas plus ». Une chose est de faire savoir à l’autocrate russe qu’il s’est déshonoré en envahissant l’Ukraine, dans laquelle son armée s’enlise. Une autre est d’alimenter une montée aux extrêmes, en assurant chercher la « désescalade ». Sur le sujet si grave de la guerre et de la menace nucléaire, l’ambiguïté du « en même temps » macronien est dangereuse.

En fait, il y a une tentation, chez Macron, à théâtraliser à l’excès la crise ukrainienne, comme il a su le faire depuis deux ans avec la crise sanitaire. Il est d’ailleurs loisible de constater que la « guerre » contre le Covid, qui monopolisait les esprits et imposait un unique et intransigeant discours hygiéniste, a soudainement laissé la place à la « guerre » contre Poutine, avec un même unanimisme obligé et une semblable hystérisation des peurs.

Cette stratégie a comme effet de rendre intouchable le « chef de guerre », au risque de passer pour un traître à la nation ou un irresponsable. Les débats deviennent pratiquement inabordables, ce qui est confortable pour un président qui entend renouveler son mandat en évitant d’avoir à rendre des comptes. Les similarités entre les deux crises sont frappantes, dans l’usage politique que le pouvoir en fait : une même dramatisation, un même manichéisme, une même diabolisation de ceux qui s’interrogent sur l‘adéquation des réponses apportées.

Sur les réseaux sociaux, les fanatiques de la triple vaccination se sont convertis en fanatiques anti-Russes ! Le gouvernement lui-même s’est prêté à ce rapprochement loufoque en apposant le drapeau ukrainien sur l’application TousAntiCovid. La macronie est va-t-en-guerre car elle pense ainsi faire gagner son chef. L’incendiaire habite toujours à l’Elysée.

Ivan Rioufol

Texte daté du 2 mars 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol