Poutine, meilleur agent électoral de Macron ?

Emmanuel Macron, président impopulaire, craint pour sa réélection. Il avait espéré que l’épidémie de Covid lui donnerait l’opportunité d’une élection présidentielle organisée à sa guise [1]. Las, Omicron vient de balayer cet espoir. Mais voilà que la Russie engage des opérations militaires en Ukraine. Quelle aubaine pour la macronie !

Un blanc-seing pour Macron ?

D’abord, l’inquiétude provoquée par la décision du président russe efface tout d’un coup, en effet, les fiascos diplomatiques à répétition d’Emmanuel Macron. Voire le bilan catastrophique de son quinquennat. Et puisque Vladimir Poutine endosse la posture de l’agresseur, cela démontre qu’Emmanuel Macron ne pouvait réussir à imposer une médiation diplomatique. Il n’y est donc pour rien, le pauvre. C.Q.F.D. !

Ensuite, le spectre d’une guerre en Europe, comme le titre Le Figaro du 25 février, renvoie au second plan les inquiétudes provoquées par le chaos migratoire européen. Au contraire même, puisqu’on nous annonce déjà qu’il faudra accueillir des réfugiés ukrainiens.

Mieux encore : dans cette période si dangereuse pour la paix en Europe, ne faut-il pas resserrer les rangs autour de l’Union européenne, de l’OTAN et bien sûr du président de la République ? Le maire de Béziers, Robert Ménard vient d’ailleurs de déclarer qu’il fallait se ranger « derrière le chef de l’État, quand l’intérêt français est en danger ».

Le coup de l’union nationale

En d’autres termes, la tentation sera grande de nous rejouer le coup de l’union nationale face au barbare Poutine. Ne faut-il pas « faire bloc » contre lui ? Et donc… autour de Jupiter ! Faut-il vraiment changer de président quand la guerre est ad portas ?

Du même coup, ceux qui mettaient en cause le positionnement atlantiste et européiste d’Emmanuel Macron deviennent suspects.

Ne feraient-ils pas par hasard le jeu de Poutine ? Et comme le hasard fait bien les choses, il se trouve que justement les partisans d’une révision de nos relations avec l’OTAN se trouvent parmi les opposants présidentiels à Emmanuel Macron les plus dynamiques : Mélenchon, Zemmour, Le Pen. Super, non ? Comme le titre avec une satisfaction mal contenue le quotidien Le Monde, « Éric Zemmour et Marine Le Pen fragilisés par l’attaque de Vladimir Poutine en Ukraine[3] ». Génial, non ?

Faire le jeu de Poutine, voilà une accusation bien commode pour faire taire les opposants à la macronie et pour neutraliser les dissidents. Mieux encore que l’accusation, éculée, de racisme.

L’heure du bourrage de crânes

Car, derrière l’union nationale, il y a toujours le bourrage de crânes et la censure.

Le bourrage de crânes, nous connaissons déjà. Car cela fait au moins vingt ans que l’on nous abreuve de propagande antirusse et singulièrement anti-Poutine : que ce soit dans les médias mainstream ou sur grand écran hollywoodien où le Russe est systématiquement placé dans le rôle du méchant : mafieux, violent, alcoolique, terroriste d’ultra-droite, on a le choix !

Mais la guerre en Ukraine ne valide-t-elle pas a posteriori toutes ces bêtises, diront les esprits simples ? Poutine n’est-il pas le nouvel Hitler, devant qui il ne faudrait rien céder ? Pas de nouveau Munich, tonnent déjà les stratèges de plateau télé qui ont pris la place des médecins sur nos écrans, avec la même conviction au front de taureau.

Et l’on n’oubliera pas tous ces vieux réacs à qui l’on donne curieusement la parole car ils analysent la situation à l’aune de leur anticommunisme des années 50, preuve qu’ils n’ont rien oublié ni rien appris, comme disait Chateaubriand.

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