La guerre en Ukraine va coûter cher aux Français – Gaz, pétrole, métaux, agriculture…

Si Vladimir Poutine se gausse autant du renforcement des sanctions contre la Russie annoncé jeudi par les Occidentaux, c’est d’abord, bien sûr, parce que le Kremlin a depuis longtemps déjà anticipé celles-ci, notamment en se tournant vers d’autres partenaires économiques. Mais aussi parce qu’il est parfaitement conscient qu’à ce petit jeu, les Européens ont en réalité davantage à perdre qu’à gagner. En effet, destinées surtout à cacher l’incroyable incapacité de l’UE, de l’OTAN et de l’ONU à s’opposer concrètement à l’expansionnisme de l’ogre moscovite, ces sanctions, non seulement auront leur pendant du côté russe, mais affecteront en outre gravement, par répercussion, les économies de tous les pays membres de l’UE. A commencer, hélas, par la nôtre.

Vers une nouvelle explosion des prix de l’énergie

Réaction russe significative : alors que le chancelier Scholz annonçait mardi la suspension de la mise en service du fameux gazoduc Nord Stream 2 reliant la Russie à l’Allemagne, l’ancien président russe Medvedev s’empressait de lui répondre avec ironie : « Bienvenue dans un monde nouveau, où les Européens vont bientôt payer 2 000 euros pour 1 000 m3 de gaz… » Rappelons en effet que la Russie, qui est le premier exportateur mondial de gaz, est également le premier fournisseur des pays européens. Aussi, avec la guerre en Ukraine, et une pénurie n’étant pas à exclure, une nouvelle flambée des prix du gaz est d’ores et déjà actée. Y compris en France, où le gaz russe ne représente pourtant que 17 % de nos importations (nos premiers fournisseurs étant la Norvège et l’Algérie). Et Barbara Pompili a eu beau assurer mercredi que la France disposait de stocks stratégiques suffisants, les prix ont déjà commencé à s’emballer, pénalisant ainsi lourdement nos entreprises. Une flambée des prix qui touche également le pétrole, dont la Russie, avec 10 % de la production mondiale, est le troisième plus gros pays exportateur. Mais aussi certains métaux tels que l’aluminium, dont le pays de Poutine est l’un des plus gros producteurs mondiaux.

L’agriculture française s’inquiète

Autre secteur de notre économie qui pourrait bien faire gravement les frais du conflit : celui de l’agriculture, où l’on s’inquiète moins des conséquences de la guerre sur les exportations directes vers la Russie (peu importantes et limitées à quelques secteurs) que de l’envolée des prix des matières premières agricoles. Une envolée qui a déjà commencé puisque, immédiatement après les premiers bombardements russes, les prix des céréales atteignaient déjà des niveaux record. Il faut en effet rappeler que, en envahissant comme il l’a fait l’Ukraine, Poutine a mis la main sur le « grenier à blé » de l’Europe. Si la France, elle-même exportatrice de blé, ne risque pas vraiment de rupture d’approvisionnement, la filière de l’élevage, en revanche, s’est dite « très inquiète », car le conflit aura inévitablement des répercussions sur la production agroalimentaire. Notamment en raison de l’explosion des prix des engrais, dont la Russie est parmi les plus grands exportateurs du monde.

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 25 février 2022