De quoi Anne Hidalgo est-elle le nom ?, par Clément Martin (Les Identitaires)

Anne Hidalgo a décidé lors d’un discours prononcé à Aubervilliers le 22 janvier dernier de se présenter à l’élection présidentielle sans passer par une primaire à gauche. La maire de Paris est de toute évidence un personnage contesté, aussi bien par son aile gauche (qui la considère sa très relative hostilité aux derniers délires wokes[1] comme réactionnaire) que par son aile droite (pour qui elle la candidate des bobos et du progressisme naïf). Si ses chances de victoire sont infimes, son bilan en tant que maire permet de mieux comprendre le projet de gestion des élites françaises pour l’avenir plus global du pays.

Polarisation territoriale : l’exclusion par l’égalité, la marginalisation par le Progrès

Le géographe Christophe Guilluy, dans ses différents ouvrages, avait brossé avec une grande lucidité le portrait de la France contemporaine : un pays divisé en deux populations vouées séparer inéluctablement au fur et à mesure que la mondialisation se poursuit. D’un côté, les gagnants de la mondialisation, CSP+, citadins : ceux-ci habitent ces métropoles globalisées autour desquelles l’économie mondiale est structurée, et dont Paris est l’exemple le plus pur. De l’autre côté, les perdants actuels ou prochains de cette mondialisation (environ 60 % de la population active selon Guilluy dans La France périphérique[2]), classes populaires ou restes fragiles de la classe moyenne d’antan vouées au déclassement, repoussées toujours plus loin hors de villes et de ses banlieues proches vers les petites villes-fantômes, le périurbain ou la ruralité. En bref, la France des Foulards rouges et celle des Gilets jaunes.

Une troisième catégorie doit cependant être prise en compte : celle des immigrés et de ses descendants. Ceux dont la présence a permis aux ayatollahs de la mondialisation de démolir le tissu social et économique de la France et de l’Europe en créant une nouvelle classe de livreurs Uber Eats et de femmes de ménage pour la bourgeoisie métropolisée. C’est bien cette immigration qui a dégagé (par le crime, la conquête culturelle ou l’islamisation) les classes populaires moyennes blanches des banlieues qui furent à l’origine construites pour eux. Les anglophones parlent de « White flight » (littéralement, « fuite des Blancs ») – l’Académie française devra bientôt créer un néologisme pour notre situation dans l’Hexagone. Les banlieues rouges ont laissé place aux banlieues islamisées. Et les quartiers populaires sont en réalité des enclaves ethniques où la France n’est pas beaucoup plus qu’une abstraction distante.

Guerre sociale et nouveaux Parisiens

Cette configuration ne doit pas pour autant laisser entendre qu’il n’existerait pas une compétition interne à ce bloc mondialisé (néo-bourgeois + immigrés) : au contraire, l’entente est fragile et instable. Cette lutte fait rage et a un nom : la gentrification. L’idée est simple : l’arrivée massive et bien souvent irréversible des classes les plus aisées dans un quartier populaire que doivent rapidement quitter les moins fortunés. Plusieurs arrondissements de Paris témoignent de cette dynamique, au premier rang desquels les 10e et 18e. Traversez une rue et vous passez des boutiques de fruits et légumes bios, des pistes cyclables et des tote-bags LGBT aux joggings, scooters et aux trottoirs parsemés d’ordures. Ironie du sort : les immigrés remplaceurs se voient remplacés par les bobos de souche. Ce qui est sûr, c’est que le Paris du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain appartient désormais à la science-fiction et que le 14e arrondissement tant chéri par Michel Audiard est aussi lointain et exotique que Tokyo .

Cette perspective n’est sûrement pas un réjouissement : lorsque le train de vie parisien (ou francilien) se verra trop élevé pour les étrangers, c’est vers les territoires marginalisés qu’ils se réfugieront. Ce processus a d’ailleurs largement débuté.

La gentrification n’est pas non plus à considérer comme une reconquête ethnique des grandes métropoles : c’est bien plus un phénomène par lequel les contestations politiques tendront à disparaître de ces villes, tenues par une classe socialement et idéologiquement homogène, à la fois intégralement dépolitisée et pourtant métapolitiquement fanatisée dans son soutien au statuquo progressiste et mondialisé. Par exemple, doit-on ignorer le fait que les mouvements populaires d’opposition aux mesures sanitaires sont bien plus radicaux dans les capitales européennes (à Stockholm par exemple)[3] qu’à Paris ?

Si aucun de mouvement de sursaut n’est adopté, voilà le destin des classes populaires et moyennes de la France de souche : l’exclusion en-dehors de l’activité économique, en-dehors du projecteur médiatique, subissant un Grand Remplacement et un Grand Déclassement perpétuels. Reconnaissons au moins à Anne Hidalgo l’honnêteté de sa politique et la courtoisie qui est la sienne de nous montrer l’itinéraire tracé pour le commun des Français.

[1] https://www.parismatch.com/Actu/Societe/Anne-Hidalgo-condamne-fermement-le-festival-Nyansapo-Fest-1272422
[2] La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014.
[3] https://twitter.com/disclosetv/status/1484896070413004801

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires