Nos points de faiblesse, par Jean-Gilles Malliarakis

La scandaleuse expulsion de notre ambassadeur à Bamako, après que le gouvernement malien a renvoyé les soldats danois de la force Takuba, devrait nous inciter à réfléchir.

Depuis 2014, en effet, lancée par le regrettable Hollande, l’opération Barkhane a d’abord sauvé le Mali de sa désagrégation étatique, de la menace islamo-terroriste et, ne l’oublions pas de l’hypothèque sournoise de l’Algérie. Elle mobilise encore 5 000 soldats français. Le nombre de 53 morts, en bientôt 8 ans, ne doit, à cet égard pas nous induire en erreur : le meilleur hommage que nous devons leur rendre est de citer leur indispensable sacrifice en exemple : « nous souhaiterons faire école ».

Reste que, sous le règne de M. Macron, dont on se souviendra aussi que dès 2017 il a accepté de faire, plusieurs fois, « repentance » dans des termes odieux et destructeurs, il est hélas donné à penser à trop de Français que cet engagement était inutile. Nous acceptons que cet État, gouverné désormais par une clique militaire sans légitimité, renvoie notre ambassadeur et nous envoie, sans aucune pudeur, des centaines de milliers de ses ressortissants qui grossissent les rangs de la voyoucratie et du communautarisme islamique.

Cela nous amène à nous interroger sur l’inversion indispensable des flux migratoires si nous voulons enrayer le scénario de l’invasion. Il faudra bientôt, si nous entendons nous défendre chez nous, repérer les failles de la citadelle assiégée.

Or, parmi nos points de faiblesse, figure évidemment en place centrale la capitulation idéologique de nos dirigeants face aux forces de destruction.

En ce début de février, on débat au Palais du Luxembourg des assauts idéologiques que le mot à la mode « wokisme » semble résumer ces temps-ci. Si on doit le considérer seulement du point de vue intellectuel ce phénomène prend le relais d’une forme plus globale de décadence que l’essayiste anglais Douglas Murray analyse, à juste titre me semble-t-il, comme une « grande déraison »(1)⇓.

Les révolutionnaires de gauche parlent aussi à cet égard « d’intersectionalité » ; à savoir, en effet, que la folie des foules s’est emparée de plusieurs thèmes au profit intérieur d’un véritable syndicat des destructeurs, dans lequel s’engouffre une partie de la pseudo-droite, tous acharnés à détruire le monde occidental, à commencer par la société française(2)⇓ .

Or, la décadence de nos nations occidentales face à quelques puissances adverses ne doit être ni sous-estimée ni surinterprété. Si nous observons par exemple les deux ou trois désastres historiques comparables, la disparition de l’empire romain d’Occident en 476, ou la chute de Constantinople en 1453, la mort des civilisations se révèle beaucoup plus lente que ne veulent le croire les bons esprits fatalistes(3)⇓ .

Dans chacun des cas ce que l’on retrouve est un rapport démographique sur le long terme. Les empires romain, byzantin, wisigoth ont surtout été numériquement submergés, comme nous sommes en train de l’être.

Si la Chine communiste peut ambitionner de se diriger vers une suprématie mondiale, en commençant par une expansion en Asie centrale, c’est d’abord par la loi du nombre et par une immense réserve de main-d’œuvre corvéable à merci grâce à la dictature des 90 millions de membres d’un parti unique marxiste.

L’évaluation selon laquelle les Occidentaux sont divisés et les Européens incapables de s’unir est dès lors grossièrement partagée par les principales puissances rivales de l’Amérique.

Ceci inclue non seulement la Chine communiste et la Russie, mais aussi la Turquie d’Erdogan, formellement encore alliée de l’OTAN, mais candidate, on ne doit jamais le perdre de vue, à retrouver la direction politico-religieuse du monde islamique.

Et, par conséquent, ces pays cherchent activement les points de faiblesse leur permettant d’étendre leur influence aux delà de leurs frontières et même, de façon provocante, leur territoire.

Nous nous trouvons donc bientôt en Europe dans une situation tragique si nous ne redressons pas la barre.

1. cf. son ouvrage « La Grande Déraison », Race Genre, Identité, 460 pages, publié en 2020 aux éditions de L’Artilleur, il est présenté comme « n°1 des ventes en Angleterre », sous le titre original, en 2019, « The Madness Of Crowds »
2. cf. L’Insolent du 29 décembre 2021 « Du syndicat des destructeurs »
3. Entre le déclin des vertus guerrières de la Rome républicaine et la déposition de Romulus Augustule, il s’écoule cinq siècles ; quant à l’histoire byzantine elle se déroule sur plus de mille ans et, alternant phases de désordres internes et de renouveaux, elle ne se traduit en rien par la longue décadence que prétend décrire le décadent Gibbon. La prétendue dispute sur le sexe des anges, qu’aiment à citer tant de faux lettrés, n’a jamais existé, et le dernier empereur Constantin Paléologue est mort en héros défendant les murailles de sa Ville, trahi par les Occidentaux. Plus foudroyante en revanche semble la conquête de l’Espagne du royaume wisigoth par les Arabes en 711, qui doit beaucoup à la trahison.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent