Le crépuscule des centristes, par Clément Martin (Les Identitaires)

La tournure de plus en plus agressive de la rhétorique du gouvernement Macron face aux non-vaccinés (le Président appelle à les « emmerder », le Premier ministre les accuse de « fracturer la nation ») est, paradoxalement, un signe de la décadence du centrisme français.

L’élection d’Emmanuel Macron en 2017 fut une tentative de redessiner le paysage politique français et de mettre un terme à la valse des alternances factices constatée depuis Jacques Chirac. La France se verrait alors gouvernée par un bloc centriste, managérial, mondialisé, social-libéral, immigrationniste et relativement progressiste, entouré de part et d’autre par deux oppositions violemment irréconciliables : à sa gauche, la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon et à sa droite, le Rassemblement National de Marine Le Pen. Un « bloc élitaire » soudé face à un « bloc populaire » fracturé, selon la terminologie de l’analyste politique Jérôme Sainte-Marie[1].

Pour les tenants de ce plan initial (par ailleurs réminiscent de la stratégie de la Troisième Force, cette coalition modérée qui comptait s’opposer à la volonté des communistes et des gaullistes de faire tomber la IVe République), la messe était dite. La France rentrerait au forceps dans la mondialisation, quoi qu’en disent les mécontents et les « réfractaires ».

Mais le bloc centriste a été sérieusement mis à mal par 3 facteurs qui se sont cristallisés au cours du mandat d’Emmanuel Macron.

De Giscard à Macron : « La première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce. »

Censé incarner la gouvernance rationnelle et raisonnable des spécialistes, des technocrates et des pédagogues, le bloc centriste se vit rapidement représenté par le pire de ce que le personnel politique français avait à offrir. Valéry Giscard d’Estaing, élu sur une promesse politique similaire à celle d’Emmanuel Macron, avait au moins eu la courtoisie de s’entourer d’homme politiques et de technocrates compétents. Mais, quarante ans plus tard, les choses ont changé. Affaires et scandales à répétition (Delevoye, Rugy, Goulard, Benalla[2]), mise en avant de politiciens amateurs et arrogants (Marlène Schiappa, Christophe Castaner, Stanislas Guérini entre autres), incapacité à exprimer clairement les choix politiques de la macronie (déclarations incohérentes d’Olivier Véran, ministre de la Santé et de Sibeth Ndiyae, porte-parole du Gouvernement au début de la pandémie de CoViD-19) ; rarement la baisse de niveau du personnel politique français ne fut illustrée avec autant de force. Aux promesses creuses d’un « projet » macroniste flou ont succédé le désenchantement pour tous les soutiens modérés du parti présidentiel. À côté de ceux-ci, le pouvoir peut toujours compter sur une portion de soutiens loyalistes (pour ne pas dire fanatisés), essentiellement les CSP+ du tertiaire et les retraités.

Le passé en commun

Ce n’est un secret pour personne, la gauche actuelle est fragmentée, pour ne pas dire explosée. À tel point que des militants de gauche ont entamé une grève de la faim[3] pour inciter à une union de la gauche en vue de la prochaine présidentielle. Tiraillée entre ses instincts travaillistes qui séduisent une partie (de plus en plus réduite) de l’électorat populaire de souche et des revendications indigénistes, décoloniales ou néo-féministes portées par les immigrés et les militants de la plus extrême gauche, cette alliance semble impossible. À droite, le scénario est différent : depuis l’arrivée fulgurante d’Éric Zemmour dans la compétition électorale, une porte de sortie commence à se dessiner pour la droite. La stratégie zemmourienne d’alliance des classes populaires blanches et de la bourgeoisie patriote autour d’un programme populiste-libéral et identitaire pourrait permettre de rassembler les forces nécessaires, sinon à la victoire contre Macron, au moins à la création d’une droite structurée et politiquement armée pour prendre le pouvoir dans un avenir proche. Pour les électeurs patriotes, le RN (et son plafond de verre apparemment indestructible) ne constitue plus l’horizon indépassable de l’alternance.

De la répression à la polarisation

Le mandat d’Emmanuel Macron a été marqué par un glissement de plus en plus prononcé vers la réduction des libertés publiques fondamentales et la répression violente. LBD pour les Gilets jaunes, dissolution pour Génération identitaire, exclusion sociale et économique pour les non-vaccinés (et mesures de contrôle politique à long terme pour les autres, via le port du masque, les rappels vaccinaux ou le risque de dénonciation pour les restaurateurs qui manqueraient de zèle sanitaire). Pour la première fois en France, les contours d’une « dictature centriste » se dessinent. Ce paradoxe n’est finalement pas étonnant : persuadés de leur modération et de leur rationalité, les centristes au pouvoir ne sont que plus assurés de leur légitimité inattaquable de refaçonner la société française selon leurs souhaits. Tout opposant étant un « extrémiste », toute répression à son égard est alors une mesure de sauvegarde de l’équilibre républicain.

Les prochains mois seront révélateurs dans l’histoire politique de la Ve République et de la France : on le savait depuis longtemps, le Grand Remplacement siégeait au premier rang des dangers mortels pour la civilisation européenne (ce qu’il demeure). S’y est ajouté le Grand Déclassement depuis l’accélération de la mondialisation dans les années 80. Ajoutons maintenant à cette liste la Grande Domestication.

Le bloc centriste au pouvoir est conscient de ses errements, de ses échecs et de l’opposition identitaire et populiste qui se structure contre lui. Nul doute qu’il n’aura aucun remords et ne reculera devant rien pour conserver son pouvoir.

[1] Jérôme Sainte-Marie, Bloc contre bloc : La dynamique du Macronisme, Paris, éditions du Cerf, 2019, 284 p.
[2] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/07/12/les-affaires-qui-ebranlent-la-republique-exemplaire-version-macron_5488814_4355770.html
[3] https://www.liberation.fr/politique/greve-de-la-faim-pour-lunion-de-la-gauche-on-na-plus-le-temps-dattendre-20220107_STZAOOS7ORDP5EKUKQFMGPVIBU/

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires