Fin des contraintes sanitaires au Danemark… passe vaccinal imposé en France

Ce qui se passe au Danemark est à suivre de près : ce mercredi, le pays doit annoncer la fin des restrictions de liberté découlant de la contagion virale. Et cette liberté retrouvée serait mise en œuvre dès le 1er février. En France, nous connaissons l’évolution contraire : le passe vaccinal transforme les non-vaccinés ou insuffisamment vaccinés en sous-citoyens. Qui a raison ? Les Danois ou les Français ?

Quand vous dites à vos collègues de bureau, à vos voisins, à vos proches, que des millions de Français risquent de perdre le passe vaccinal dans trois semaines, le scepticisme s’imprime sur les visages : ils sont vaccinés, ils ont reçu leur dose de Pfizer. Pas question de céder au complotisme, de croire aux fake news !

Mais c’est Véran, le ministre, qui nous annonce que le 15 février neuf millions de primovaccinés, voire de bivaccinés, pourraient perdre le bénéfice du passe vaccinal. Fini les restaurants et les cinémas, les voyages en train, l’accès aux lieux publics couverts. Pourquoi ? Parce que le 15 février le délai pour effectuer le rappel du vaccin sera ramené à quatre mois (contre sept actuellement) après la dernière injection. Laisser passer ce délai, ce sera donc perdre automatiquement la validité de son passe, et rejoindre, souvent involontairement, les cinq millions de Français non vaccinés qui vivent désormais un statut de citoyens de seconde zone. Déjà des files d’attente se forment à nouveau dans les grandes villes. « N’attendez pas le dernier moment », conseille Véran. Mais sur les neuf millions de futurs punis, combien sont conscients que leur vie sociale est sur le point de s’arrêter ?

D’autant que le passe vaccinal, nous promet encore Véran, restera en vigueur « tant qu’une menace pèsera sur les hôpitaux ». Quelle menace ? Celle des reprogrammations d’opérations chirurgicales, si l’on comprend les propos du ministre. Ce retour à la normale peut en fait prendre des mois. Et nous conduire bien au-delà de la présidentielle. On nous annonce en effet un pic vers la mi-mars, puis une baisse progressive des cas ; mais, en attendant, les quatorze millions de Français (les cinq millions de non-vaccinés et les neuf millions dont le délai entre deux injections aura dépassé quatre mois) ne pourront toujours pas revivre une vie normale.
Retirer au Covid le label de « menace critique »

Les Danois, qui relâchent la pression, sont-ils des inconscients ? Des criminels ? Des « antivax » ? L’explication est sans doute ailleurs. La prochaine échéance électorale des Danois est en juin 2023 : il s’agit des législatives. Le gouvernement (une large coalition allant de ce que l’on appelle chez nous l’extrême droite jusqu’aux sociaux-démocrates) n’a pas besoin de serrer la vis, de jouer sur la peur sanitaire, pour se faire réélire.

Les scientifiques (danois) prévoient d’ailleurs de retirer au Covid-19 le label de « menace critique ». Déjà les salles de spectacle et les restaurants sont redevenus librement accessibles, avec toutefois le port du masque maintenu. Les Danois estiment que le pic a été atteint début janvier, et les chiffres de cas positifs, de personnes hospitalisés du fait du Covid (sans doute surestimés d’ailleurs dans une proportion de 30 à 40 %, selon les experts) et d’hospitalisés en soins intensifs sont en régression dans tout le pays. On a vu a contrario ce 23 janvier ce que donne la « méthode belge ».

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 26 janvier 2022