A peine voté, le passe vaccinal est déjà inutile, par Ivan Rioufol

L’Assemblée nationale a voté très majoritairement, dimanche soir, l’impasse vaccinale. Par 215 voix contre 58, les députés ont avalisé un laisser-passer qui n’aura aucun effet sanitaire, sinon de perpétuer une soumission collective à l’Etat hygiéniste. Ce lundi, sur Europe 1, Valérie Pécresse (LR) a admis cette absurdité, au vu de la baisse de l‘épidémie et de sa banalisation : « Le passe vaccinal va entrer en vigueur et ne sera plus utile ». Cela n’a pas empêché la candidate « libérale » de soutenir, la veille, ce marqueur politique. Il appuie une politique discriminatoire et liberticide. Jeudi dernier, Christian Estrosi, qui a rallié Emmanuel Macron dans sa stigmatisation des sous-citoyens non-vaccinés, avait poussé le zèle jusqu’à se déclarer favorable au confinement des Français exclus du passe privilège, en ajoutant : « Ils ne devraient pas avoir droit à l’accès à l’assurance-chômage. Quand on fait prendre de tels risques à la société, on doit en payer le prix ».

Ce catastrophisme, qui ne repose plus sur aucune réalité dramatique, a été à nouveau avalisé dimanche par un tweet du chef de l’Etat : « Nous sortirons de cette crise en vaccinant la France, en vaccinant le monde, car le virus ne connaît pas de frontières. Pour aider tous les pays dans cette course, un milliard de doses ont été livrées avec Covax. Vacciner, vacciner, vacciner. Avec solidarité. On continue ». L’idéologie hygiéniste, imperméable aux faits, fonce dans le mur.

« Notre époque ne consent décidément pas à habiter le monde réel, complexe, contradictoire », observe la philosophe Bérénice Levet dans son dernier essai contre l’écologisme (1). Sa juste remarque vaut en fait pour toutes les constructions dogmatiques : elle s’attachent à faire plier les réalités à leurs certitudes, tout en disqualifiant les opinions contradictoires. Ainsi en est-il de la bio-politique macronienne. Cette dérive démocratique n’a plus rien à dire, hormis faire croire que la France est menacée d’un virus qui, pourtant, disparaît pour devenir une simple endémie.

Le ridicule est atteint quand le délégué général LREM, Stanislas Guérini, soutient ce matin sur RTL que le gouvernement a fait, avec ce passe, « le choix d’une mesure rationnelle ». La raison, que prétend s’approprier le président face à des anti-passe présumés bas du front, est absente de cette hystérie. Celle-ci prône la démesure en s’attachant à maintenir la peur. Alors que la macronie ne cesse de se réclamer de l’ « inclusion », qui prétend respecter toutes les différences et toutes les opinions, elle s’entête à installer un régime de ségrégation. Cet ordre sanitaire n’a aucun sens. Ce passe ne passe pas. Il s’apparente de plus en plus à un abus de pouvoir. Et cela se voit.

(1) L’écologie, ou l’ivresse de la table rase (L’Observatoire)

Ivan Rioufol

Texte daté du 17 janvier 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol