Mathieu Slama : «En faisant des non-vaccinés des ennemis de la nation, le Président se pose en diviseur des Français»

En déclarant dans Le Parisien qu’il voulait «emmerder» les non-vaccinés et en les qualifiant d’«irresponsables», qui ne sont plus, selon lui, des «citoyens», le chef de l’État trahit notre héritage républicain, argumente Mathieu Slama.

« Moi, je ne suis pas pour emmerder les Français. Je peste toute la journée contre l’administration quand elle les bloque. Eh bien là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout, c’est ça la stratégie. (…) Et ça, c’est l’immense faute morale des antivax : ils viennent saper ce qu’est la solidité d’une nation. Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen. »

Par ces mots d’une gravité sans précédent (prononcés dans le cadre d’un entretien au Parisien), Emmanuel Macron a franchi une étape supplémentaire dans la rupture avec nos principes démocratiques et républicains qui est à l’œuvre depuis maintenant deux ans. Par ces mots, le chef de l’État lève le peu d’ambiguïté qui restait sur la politique menée envers les non-vaccinés depuis la mise en place du passe sanitaire en juillet dernier, qui est bel et bien une politique de déchéance de citoyenneté. Déchéance de citoyenneté : déchoir de leurs droits inaliénables des millions de citoyens français parce qu’ils ont commis le crime (non prévu par la loi) de ne pas se faire vacciner, et les condamner de facto à la mort sociale.

« J’ai très envie d’emmerder » : il y a dans cette formule familière quelque chose de très dérangeant, une forme d’agressivité joviale et cruelle qui contredit totalement la mission même d’un président de la République. Aucun de ses prédécesseurs, même les plus décomplexés, ne s’était permis un tel dérapage. Le « jusqu’au bout » qui conclut la séquence a également quelque chose de glaçant : jusqu’au bout de quoi ? Comment imaginer qu’un président de la République menace de cette manière ses propres concitoyens, son propre peuple ?

Mais la phrase essentielle est ailleurs. « Un irresponsable n’est plus un citoyen ». Par cette phrase, Emmanuel Macron trahit l’intégralité de notre héritage républicain en affirmant, au mépris de tout sens de l’État et de l’intérêt général, que les non-vaccinés ne sont plus des citoyens. Cette manière de désigner comme ennemis de la nation des millions de citoyens français est sans précédent dans l’histoire de la Ve République. Elle jette une lumière crue sur l’incroyable régression démocratique qui nous accable, et dont l’illustration la plus spectaculaire de ces derniers mois est le concept de passe sanitaire, devenu passe vaccinal par la simple décision présidentielle prise dans le cadre d’un conseil de défense opaque et anti-démocratique.

À mesure qu’il s’installait dans la vie publique, l’idée même de passe s’est banalisée, normalisée. Or elle porte en germes la déchéance de citoyenneté induite par les propos du chef de l’État, car elle implique une chose absolument gravissime et sans précédent : que l’accès à la pleine citoyenneté est désormais conditionné à un vaccin. Le passe sanitaire ou vaccinal n’est pas un « passe », mais un permis de citoyenneté. Si vous n’avez pas votre passe (ou s’il n’est pas « à jour »), vous êtes déchu de votre pleine citoyenneté et ne pouvez plus accéder aux lieux et événements de la vie sociale, jusqu’aux lieux de culture et aux hôpitaux. Une rupture incroyable avec le principe de l’indivisibilité de la République et de la citoyenneté, principe qu’avait brillamment et courageusement rappelé l’ex-défenseur des droits Jacques Toubon à l’occasion des débats autour de la déchéance de nationalité en 2016 : « Ce projet revient à graver dans le marbre de notre norme supérieure une division fondamentale des Français en deux catégories, à l’encontre de l’esprit et de la lettre de la Constitution. La citoyenneté est aussi indivisible que la République. Son principe fondamental est que les citoyens sont égaux et qu’il n’y a pas de citoyens moins citoyens que d’autres. » Et si la République est une et indivisible, alors le président de la République est le Président de tous les Français, quelles que soient leurs opinions, leurs origines, leurs convictions, leurs choix de vie. En se présentant comme le Président d’une partie des Français contre d’autres Français, Macron rompt avec un principe républicain fondamental. Et il a commis une faute morale impardonnable – et irréparable.

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