Éric Zemmour : un candidat différent ?

Les critiques qui sont tombées en avalanche sur la déclaration de candidature d’Éric Zemmour témoignent le plus souvent de l’aveuglement, entretenu ou subi, des commentateurs et du grand malentendu qui règne dans la politique française, au moins depuis 2017, et sans doute depuis plus longtemps. Elles épinglent le caractère anxiogène, la référence gaullienne jugée ridicule, le caractère nostalgique marqué par un regard davantage tourné vers le passé que vers l’avenir, et l’absence de propositions précises dans le domaine économique.

En fait, la cohérence du fond et de la forme, du décor et de la démarche, du style et du contenu était parfaite. La candidature de Zemmour est différente des autres parce qu’elle procède d’une vision à la fois plus haute et plus large de notre pays. Certes, il n’est pas le général de Gaulle et ne se prend pas pour lui, mais il regarde la France de la même hauteur, non celle des cinq années d’un mandat présidentiel et des mesures à prendre, mais celle des siècles durant lesquels notre nation est allée « sans relâche de la grandeur au déclin ». Pour lui, l’Histoire n’est pas la comédie de la succession des régimes et des gouvernements, le jeu compliqué et tortueux des hommes qui en sont les acteurs, lequel délecte les commentateurs. Non, l’Histoire est tragique : elle est le tombeau des civilisations et des peuples laissant la place à d’autres civilisations et à d’autres peuples. La mort peut les saisir comme elle saisit les personnes, brutalement ou sournoisement. La débâcle et l’invasion ressemblent à l’infarctus, la lente dégradation de l’esprit public, des mœurs, des capacités de défense, matérielles ou spirituelles, font penser au cancer.

Zemmour privilégie logiquement cette angoisse-là parce qu’elle est essentielle. Elle est la seule que peut vaincre un pouvoir politique souverain et responsable quand les autres dépendent d’autres niveaux. Sauver notre pays du déclin et de la décadence est la priorité absolue. Le déclin se mesure à notre recul économique que la longue série de nos déficits et de notre dette prouve amplement malgré les artifices de la planche à billets. Il se mesure aussi à notre perte d’influence géopolitique du Liban au Pacifique en passant par l’Afrique francophone. Notre décadence s’affiche aux yeux de tous par le règne des minorités qui minent la cohésion nationale, ruinent notre démographie, altèrent notre culture et démoralisent le peuple français, aux deux sens du terme, celui du moral ou de la morale. La priorité de l’économie est un leurre. Celle-ci ne peut être que la conséquence d’un redressement politique comme la France l’a vécu en 1958, pour la dernière fois.

Seul un pouvoir fort appuyé sur une majorité ardente et inspirée par le patriotisme plus que par le pouvoir d’achat pourra procéder aux réformes nécessaires dont dépend, en fait, le niveau de vie des Français. Les électeurs de François Fillon et ceux de Marine Le Pen peuvent s’unir dans cet élan, dans ce combat. Bien d’autres peuvent les rejoindre pour échapper à la férule des technocrates dont l’inefficacité, notamment en économie, se mesure aux résultats de notre pays, pour se libérer de la baguette des oligarques de la pensée et de la finance qui imposent leur idéologie ou leurs intérêts, lesquels s’accordent souvent étrangement.

Zemmour est le seul à incarner cette espérance. Que son profil, son origine, sa profession, sa confession soient inattendus révèle l’état de la France incapable de produire un héros issu de sa majorité, un homme politique ou un général. C’est, néanmoins, vouloir tromper les Français que de le réduire à n’être qu’un « polémiste d’extrême droite ». C’est un écrivain qui possède une connaissance de notre Histoire et des principales questions actuelles qui se posent à notre pays bien supérieure à celle des politiciens ou des commentateurs. Cette compétence remarquable dans les débats en fait un meilleur candidat que la présidente du Rassemblement national.

Désormais, sa réussite ou son échec dépendent, d’une part, du poids immense des intérêts qu’il bouscule, comme l’ont montré l’acharnement médiatique contre l’homme, l’utilisation de la moindre rumeur, du moindre geste à son encontre, d’autre part, de sa capacité à s’élever sans cesse à la hauteur de son idéal : le V de la victoire aurait été une meilleure réponse au doigt d’honneur !

Christian Vanneste

Tribune reprise de Boulevard Voltaire