La victoire que Zemmour a déjà remportée, par Ivan Rioufol

Eric Zemmour a-t-il déjà perdu ? Un consensus médiatique rédige sa nécrologie politique. Sa faute ultime aurait été, samedi à Marseille, de faire un doigt d’honneur en réponse à une femme qui lui en faisait autant. « Et bien profond », a-t-il ajouté. Cet épisode est évidemment navrant de vulgarité. L’intéressé a reconnu lui-même, dans un tweet, un geste « fort inélégant ». Reste que cette incontestable indélicatesse n’est pas spécifique à Zemmour. L’avachissement de la politique se retrouve jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Les commentateurs rappellent le : « Casse-toi pauv ‘con », lancé par le président Nicolas Sarkozy a un homme qui l’avait insulté.

Mais Emmanuel Macron, en apparence davantage policé, n’est guère plus exemplaire lorsqu’il invite à l’Elysée un groupe d’« électro » en bas résille pour la Fête de la musique, ou quand il laisse MacFly et Carlito faire une galipette dans les jardins. Samedi, le tutoiement du chef de l’Etat au pape François est une autre forme d’indifférence portée aux usages et aux conventions. Macron, reçu au Vatican, a offert à François un ouvrage d’Ignace de Loyola « que tu connais mieux de moi », a-t-dit. Sarkozy s’était contenté de consulter son portable durant une allocution du saint Père. La délicatesse n’est plus ce qui caractérise un monde politique mal élevé.

Toutefois, ce n’est pas son doigt d’honneur qui accable Zemmour. Au contraire : il est possible que ce geste spontané soit approuvé par une opinion en rébellion contre les faux-culs. Il faut toujours avoir en tête, à l’approche de l’échéance présidentielle, ces sondages récurrents qui montrent que plus de trois Français sur quatre envisageraient un vote antisystème en 2022. Le vote protestataire peut excuser les fautes de goût, pourvus que celles-ci aient du sens. En l’espèce, Zemmour répondait plus généralement à ceux qui, à Marseille, avaient cherché à le faire taire ou à perturber sa visite. Plus inquiétante en revanche semble être l’impréparation du possible candidat, qui a annoncé un grand meeting de lancement de son projet au Zénith dimanche.

Les déçus commencent à se confier et à faire nombre. Ils pointent un amateurisme et une désinvolture, au cœur même du couple désormais formé par Zemmour et Sarah Knafo. Zemmour saura-t-il redonner du souffle à sa campagne ? Les prochaines semaines le diront très vite. L’obstacle des 500 signatures risque d’être également difficile à franchir. Pour autant, Zemmour peut déjà être tenu comme celui grâce à qui la question de la survie de la France a été posée comme un thème central. Sa première victoire lui est déjà acquise. Il est possible qu’il en reste là.

Ivan Rioufol

Texte daté du 29 novembre 2021 et repris du blog d’Ivan Rioufol