Visite présidentiable – Orbán et Marine Le Pen sur la même ligne

La dirigeante du Rassemblement national a été reçue en grande pompe mardi par le Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Comme on aime à le souligner dans l’entourage de Marine Le Pen, si sa nièce Marion Maréchal et le polémiste et candidat non déclaré Eric Zemmour avaient été reçus par Orbán il y a un mois à l’occasion du 4e Sommet démographique auquel ils avaient participé, « ils ont été reçus en tant qu’intellectuels, en marge d’un colloque ; Marine Le Pen ne va pas rencontrer Viktor Orbán dans sa bibliothèque mais dans ses bureaux! » (dixit l’eurodéputé Philippe Olivier). Mais comme l’a déclaré le Hongrois, répondant à la question d’un journaliste français lors de la conférence de presse commune avec Marine Le Pen, il n’est pas question d’apporter un soutien à l’un ou l’autre des candidats à la présidentielle française car « il faut être respectueux de ses hôtes » et le gouvernement magyar ne peut « pas prendre de position sur ce qui ne regarde que le peuple français ».

Il n’empêche que recevoir Marine Le Pen avec les honneurs est une manière de jeter les bases d’une coopération entre nos pays dans l’éventualité d’un changement de l’équipe dirigeante à Paris. De son côté Marine Le Pen était venue afficher son soutien à Viktor Orbán et à sa majorité parlementaire et montrer que le rapport de forces pourrait bien changer au sein de l’UE après les élections d’avril en France. Ce n’est pas inutile pour le Premier ministre hongrois alors que son opposition va présenter un candidat unique à l’issue d’un processus de primaires qui a abouti il y a une dizaine de jours et qu’elle compte faire campagne avec notamment la promesse d’améliorer les relations avec Bruxelles.

Lors de la conférence de presse conjointe, le Premier ministre hongrois a remercié Mme Le Pen et son parti pour ses positions au Parlement européen en défense de la Hongrie, et il a fustigé la dérive de l’UE : « Actuellement en Europe, il y a une pression idéologique jamais vue encore. (…) Pour nous ce n’est pas quelque chose de nouveau. Nous avons déjà connu la doctrine Brejnev. (…) Nous savons donc ce que c’est, un centre idéologique qui ne reconnaît pas la pluralité des opinions et qui veut nous contraindre à respecter un seul cadre idéologique. » De même, Marine Le Pen a critiqué cette UE qui « s’envisage désormais de plus en plus comme un Etat unitaire centralisé (…) Nous n’avons plus affaire à une volonté de coopération mais une volonté d’asservissement, non plus à une organisation interétatique mais un à véritable empire ». Répondant à la question d’un journaliste français sur la loi hongroise de protection des enfants, qui interdit l’endoctrinement LGBT à l’école, Marine Le Pen a d’ailleurs répondu qu’elle ne défendait pas la souveraineté de la France pour aller dire aux Hongrois quelles sont les lois qu’ils doivent se donner, et que c’est sur les questions communes, comme l’immigration, que les nations européennes sont appelées à travailler ensemble.




Faisant écho à la tirade d’Orbán sur la doctrine Brejnev remise au goût du jour par l’UE, avec le chantage financier de la Commission et de certains gouvernements (dont celui de Castex) qui a remplacé les chars du Pacte de Varsovie, la candidate du RN a déclaré : « La Hongrie de 2021, sous votre conduite, Monsieur le Premier ministre, se place une nouvelle fois et conformément à sa vocation multiséculaire à la pointe du combat pour la liberté des peuples, ce combat si essentiel dans un monde en proie à la tentation totalitaire, ce combat sans lequel il n’y a pas de liberté des personnes. »

Sur les souverainetés nationales, sur les limites des compétences de l’Union européenne inscrites dans les traités et à faire respecter, sur la politique énergétique et le risque que les propositions de la Commission européenne en matière de lutte contre le réchauffement climatique ne détruisent les classes moyennes (dixit Orbán) et aussi les classes modestes (dixit Le Pen), et aussi sur la nécessité de former une alliance des souverainistes au Parlement européen, les deux responsables politiques ont affiché leur convergence de vues tout au long de cette conférence de presse.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 27 octobre 2021