Une grossière manip : le « massacre » du 17 octobre 1961 – Trois questions à Bernard Lugan

Le journal Présent a publié un entretien avec Bernard Lugan au sujet de la commémoration du « massacre » du 17 octobre 1961.

— En quoi la version devenue « officielle » des événements du 17 octobre 1961 est-elle une pure escroquerie ?

— La version « officielle » des événements du 17 octobre 1961 repose sur des chiffres inventés ou manipulés à l’époque par le FLN algérien et par ses alliés communistes qui ont joué sur les dates, additionnant les morts antérieurs et postérieurs au 17 octobre. Pour eux, tout Nord-Africain mort de mort violente durant le mois d’octobre 1961 est une victime de la « répression policière »… Même les morts par accident de la circulation ! N’ayant pas la place de développer ici la critique détaillée de ces auteurs et ma contre-argumentation, je renvoie au chapitre IX intitulé « 17 octobre 1961, un massacre imaginaire » de mon livre Algérie, l’histoire à l’endroit.

La version « officielle » est d’autant plus scandaleusement admise qu’en 1998 le Premier ministre de l’époque, le socialiste Lionel Jospin, constitua une commission d’enquête présidée par le conseiller d’Etat Dieudonné Mandelkern. Or, du moins si on le lit en intégralité, le rapport remis par cette commission a fait litière de la légende du prétendu « massacre » du 17 octobre 1961 (1).

Il est donc incompréhensible que les manipulateurs puissent impunément continuer à citer des chiffres totalement faux. Quant aux « idiots utiles », comme ceux du Figaro par exemple, comme ils n’osent pas tirer la seule conclusion qui s’impose, à savoir qu’il n’y a pas eu de massacre, en bons « centristes » qu’ils sont, ils proposent une version minimaliste, non la réfutation totale du « massacre » qu’ils devraient faire s’ils avaient un peu de courage…

— Il n’y aurait eu « que » trois morts. Cette estimation n’est-elle pas minorée pour le coup ?

— Non, il n’y a pas eu trois morts dans la manifestation, mais… un seul. Plus deux ou trois autres probablement (?) morts plusieurs jours plus tard des suites de la manifestation. Une fois encore, allons aux sources. Le paragraphe 2.3.5 du rapport Mandelkern, intitulé « Les victimes des manifestations », évoque sept morts, chiffre repris sans vérification par Le Figaro. Or :

1/ le rapport précise qu’il n’y eut qu’un mort dans le périmètre de la manifestation, et ce ne fut pas un Algérien, mais un Français nommé Guy Chevallier, tué vers 21 heures devant le cinéma Rex, crâne fracassé. Par qui ? L’enquête semble attribuer cette mort à des coups de crosse de mousqueton ;

2/ les six autres victimes n’ont pas été causées par la « répression » de la manifestation car ces morts sont postérieures à ladite manifestation et dans des circonstances parfaitement détaillées dans le rapport que ceux qui le citent n’ont pas lu.

L’« Annexe III » du rapport Mandelkern donne un décompte détaillé des 41 cadavres de Nord-Africains entrés à l’IML de Paris (l’institut médico–légal, la morgue) du 19 octobre au 4 novembre. Pour mémoire, le 17 octobre il n’y eut aucune entrée, et deux le 18 octobre, mais sans lien avec la manifestation. Sur ces 41 morts, 25, dont treize identifiés et douze non identifiés, sont mentionnés sous la rubrique « Dossiers pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre ». Cela fait que les seize autres morts n’ont donc rien à voir avec la manifestation du 17 octobre.

En ce qui concerne les 25 morts restants, notons immédiatement que le sous-titre de l’« Annexe III » est insolite, car la manifestation dont il est question eut lieu le 17 octobre, non les 19 et 20 octobre. De plus, ce titre laisse sous-entendre que ces 25 décès auraient donc pu être causés par la police française, chiffre d’ailleurs régulièrement et péremptoirement transformé en morts avérés par certains auteurs ou par des journalistes paresseux ou craintifs. Or :

1/ si ces derniers avaient pris la peine de lire le document en question dans son originalité et son intégralité, ils auraient vu qu’en face de chaque corps est porté un numéro de dossier de la police judiciaire, suivi de la précision suivante : « Indications relevées dans le dossier d’enquête de la police judiciaire » ;

2/ grâce à ces « Indications relevées dans le dossier d’enquête de la police judiciaire », il apparaît clairement que 17 de ces 25 défunts ont été tués par le FLN, la strangulation-égorgement, l’emploi d’armes blanches, etc., n’étant pas d’usage dans la police française… D’autant plus que, parmi ces 17 morts, quatre furent assassinés le 19 octobre, soit deux jours après le 17 octobre, dont un commerçant qui avait refusé de suivre la grève du 19 octobre décrétée par le FLN et deux autres ligotés et noyés par ce même FLN…

Voyons le détail de cette liste.

Corps identifiés :

– six furent tués par le FLN (strangulation, arme blanche, arme à feu) ;

– deux décès sur la voie publique (troubles mentaux et alcoolisme) ;

– un décès par crise cardiaque le 21 octobre ;

– un décès par accident de la circulation ;

– un mort à l’hôpital Boucicaut des blessures reçues le 17 octobre ;

– deux morts dont les causes ne sont pas élucidées.

Corps non identifiés :

– sept tués par le FLN (un par arme blanche ; deux par noyade ; un par noyade, nu, corps ligoté ; deux par armes à feu, un par strangulation) ;

– un mort de blessures à la tête. Blessures reçues le 17 octobre ? Nous l’ignorons ;

– un mort des suites de blessures reçues place Saint-Michel ;

– trois morts dont les causes ne sont pas élucidées.

Conclusion : sur 25 morts dont parlent désinformateurs et idiots utiles, la morgue n’en a donc reçu que deux décédés probablement des suites de blessures reçues le 17 octobre. Une interrogation demeure pour l’un d’entre eux, mais sans aucune certitude, et, concernant trois autres, rien ne permet de dire qu’ils résultent de la « répression » de la manifestation interdite du 17 octobre.

Nous avons donc deux manières de présenter ces chiffres indiscutables :

1/ les morts certains de la manifestation du 17 octobre s’élèvent à un mort le jour même et à deux probables les jours suivants ;

2/ si nous comptons les morts non élucidés parmi les victimes de la « répression », nous obtenons toujours un seul mort le jour même, deux les jours suivants, morts de leurs blessures, et cinq que rien ne permet de ranger dans cette rubrique, soit les sept ou huit morts cités par Le Figaro.

La manifestation elle-même n’a donc connu qu’un seul mort, le Français Guy Chevallier.

Nous voilà ainsi très loin des 25, 50, 100, 200 ou même 300 morts « victimes de la répression », avancés par certains, et pour lesquels François Hollande a reconnu la responsabilité de la France avant qu’Emmanuel Macron n’aille se ridiculiser aux yeux de l’histoire !

Allons encore plus loin :

1/ le « Graphique des entrées de corps “N.A.” (nord-africains) par jour. Octobre 1961 » nous apprend que du 1er au 30 octobre 1961, 90 cadavres de « N.A. » furent reçus à l’institut médico-légal. Or, selon les enquêtes judiciaires, chaque décès étant suivi d’une enquête, la plupart de ces morts étaient des musulmans pro-Français assassinés par le FLN !

2/ pour toute l’année 1961, 308 cadavres de « N.A. » entrèrent à l’IML, dont plusieurs dizaines de noyés. Or, toujours après enquête, il fut établi que la quasi-totalité de ces morts étaient des victimes du FLN (harkis, partisans de la France, individus ayant refusé d’acquitter « l’impôt de guerre », membres du MNA, etc.). Une des méthodes d’assassinat du FLN était l’étranglement ou l’égorgement suivi de la noyade…

— Perpétuer et véhiculer un tel travestissement de l’histoire et des faits, n’est-ce pas nourrir encore la haine des zones de non-France ?

— Effectivement. Ce prétendu « massacre » constitue un exemple extrême de manipulation de l’histoire, comme Katyn, comme les « charniers » de Timisoara en Roumanie, comme les « couveuses » au Koweït ou encore comme les « armes de destruction massive » en Irak. Ils servent aux islamo-gauchistes, aux agents d’influence et autres affidés d’Alger ou à ses habituels supplétifs de presse à culpabiliser les Français afin de les désarmer moralement.

(1) « Rapport sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961 ». Rapport établi à la demande du Premier ministre, M. Lionel Jospin, et remis au mois de janvier 1998 par M. Dieudonné Mandelkern, président de section au Conseil d’Etat, président ; M. André Wiehn, inspecteur général de l’administration ; Mme Mireille Jean, conservateur aux Archives nationales ; M. Werner Gagneron, inspecteur de l’administration.

Propos recueillis par Alain Sanders

Article paru dans Présent daté du 25 octobre 2021