Un président en campagne ? Macron sort le carnet de chèques

Pour le chef de l’Etat, la campagne présidentielle semble déjà engagée. Mardi dernier, dans la salle des fêtes de l’Elysée, Emmanuel Macron annoncé 30 milliards d’euros d’investissements dans le cadre du plan « France 2030 ». Officiellement, il s’agit de garantir la compétitivité industrielle du pays et de développer les technologies dites d’avenir. Pendant deux heures, le président a présenté son programme, notamment destiné à « faire émerger les champions de demain ». D’où cette injonction volontariste : « Mieux produire, mieux vivre, mieux comprendre le monde. » Les soutiens d’Emmanuel Macron ont distillé les éléments de langage du maître à commencer par celui qui ne veut pas opposer l’industrie classique à la « start-up nation ».

Ce sont donc des sommes généreuses que le locataire élyséen met sur la table : 8 milliards pour l’énergie, 4 milliards pour les nouveaux moyens de transport, 2 milliards pour l’agriculture, 3 milliards pour la santé et 6 milliards pour la production électronique. Les esprits chagrins notent la multiplication des « cadeaux » financiers dont le risque est de creuser la dette. Car l’argent public, c’est toujours celui du contribuable… Depuis le Covid, on peut énumérer ces mesures : plan de relance de 100 milliards d’euros, investissements pour Marseille ou aide aux ménages bénéficiant du chèque énergie.

Des annonces critiquées

Si le montant de 30 milliards d’euros est considérable, le budget 2022, qui doit être discuté dans les semaines à venir à l’Assemblée nationale, puis au Sénat, ne prévoit que 3 à 4 milliards pour le plan « France 2030 ». Autrement dit, les sommes mises sur le tapis ne seront pas pour tout de suite… Les opposants à Macron mettent en cause les annonces présidentielles, dénonçant une campagne électorale qui ne veut pas dire son nom. Ainsi, Marine Le Pen a dénoncé sur Twitter le « quoi qu’il en coûte, je veux être réélu ! ». La candidate du RN estime par ailleurs que les promesses de Macron « n’engagent que son successeur ». Pour Daniel Fasquelle, maire du Touquet et trésorier du parti Les Républicains, il ne s’agit que de « dépenses électoralistes supplémentaires ». D’autres dénoncent des « limites » en matière d’écologie, à l’instar du député Matthieu Orphelin, ex-LREM et soutien de Yannick Jadot, candidat des Verts à la présidentielle. Mais du côté macroniste, on salue l’action du président. Ainsi, le député LREM du Rhône, Bruno Bonnell, a rappelé que « le président a promis de réformer jusqu’au dernier quart d’heure ».

D’autres élus du groupe parlementaire majoritaire se veulent plus consensuels dans les objectifs. Pour Roland Lescure, député des Français de l’étranger, « il faut mettre le pays sur les bons rails pour répondre au défi de la transition écologique, se projeter vers une France décarbonée, industrielle et moderne » tout en reconnaissant que « le Covid-19 a permis de nous réinterroger, notamment sur la nécessité de réindustrialiser pour garder notre souveraineté ».

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 15 octobre 2021