A Marseille on parle de tout, sauf du principal : l’immigration

Il est interdit, vous le savez, de lier immigration et criminalité, et des poursuites sont systématiquement engagées pour « provocation publique à la discrimination et à la haine ». Mais le déplacement à Marseille de Macron et de ses sept ministres conduit les journalistes à recueillir des témoignages, à constater par eux-mêmes. En utilisant cette matière, il est alors possible de montrer la vérité des faits. Sous réserve de laisser le lecteur en tirer lui-même les conclusions.

Il est loin, très loin, le temps où le Parti socialiste s’insurgeait contre la répression policière, contre les polices municipales, contre les caméras. Le maire socialiste de Marseille sait par exemple que c’est grâce aux caméras qu’on parvient à identifier, dans la plupart des cas, les assassins qui sévissent dans la ville. Il réclame à cor et à cri des renforts de police, avec un discours que ne renierait pas un Ciotti. Il ne reste guère plus qu’un seul tabou, certes de plus en plus vacillant mais qui s’appuie sur des décisions de justice, sur la jurisprudence : expliquer pourquoi la criminalité augmente ici – comme dans d’autres villes à même type de population – de 10 à 20 % par an. Mais on y viendra.

La Suède, par exemple, ancien bastion de la social-démocratie, pays du tout beau tout propre et de l’autocontrôle social, confronté à une explosion inédite de la délinquance, publie des statistiques d’origine gouvernementale qui établissent que la criminalité est deux fois et demie plus forte chez les immigrés de première génération que chez les Suédois de souche. Pour la seconde génération, contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est même pire : trois fois plus d’immigrés impliqués que de Suédois de souche, « une surreprésentation particulièrement visible dans les affaires de meurtre et de viol ». La citation est tirée du Monde daté du 2 septembre.

Le chef du parti conservateur suédois explique pour sa part qu’« une immigration très importante et une intégration très faible créent des zones d’exclusion et favorisent la criminalité ». Habile explication, mais qui lie bel et bien, en Suède, l’immigration et la délinquance. Sur les huit premiers mois de l’année, la police suédoise a comptabilisé 26 morts et 57 blessés, au cours de 192 fusillades (ces chiffres sont repris dans Le Monde). Est-ce un problème pour la Suède ? Oui, nous dit la correspondante du Monde, car « l’extrême droite » (le parti des Démocrates de Suède) est donnée du coup à 20 % dans les sondages.

« Le clan des Blacks »

Et à Marseille ? C’est exactement la même chose. Un journaliste du Figaro rapporte comment « le clan des Black », un gang de Comoriens, a mis le 13e arrondissement, et plus spécialement le quartier des Lauriers, en coupe réglée. Le gang est contrôlé par les frères Ahamada, nous explique le reporter, Stanislas Poyet. Cette famille est au centre des affaires de drogue, et « des dizaines d’affaires de meurtres » lui seraient imputables. Mais les statistiques ethniques sont interdites et il est donc impossible d’en tirer des conclusions sur ce plan.

Les frères Ahamada ressemblent comme deux gouttes d’eau à la fratrie Traoré qui a défrayé la chronique il y a quelques années sur la région de Beaumont-sur-Oise. Le dossier relatif à la famille Traoré n’est toujours pas clos, après la mort de l’un des frères, lors de la dernière de ses multiples arrestations. A Marseille, des familles Traoré, des familles Ahamada, avec chacune sa zone d’influence, c’est la règle, pas l’exception.

Ne faisons surtout pas de liens avec l’immigration, mais écoutons quand même le secrétaire départemental du syndicat de police Alliance, qui nous dit que lors d’arrestations de migrants, « la plupart des clandestins n’ont pas de papiers sur eux, déclinent de fausses identités et se déclarent mineurs ». Tout cela est parfaitement organisé, les clandestins maîtrisant mieux les procédures que la police et les juges.

Si les ministres reviennent, qu’ils le fassent à l’improviste

Le voyage de Macron et de ses ministres aura donc permis que soient rappelées quelques vérités. Mais la transparence n’a pas été totale. On découvre par exemple que la cité Bassens, visitée par Macron et sa suite ministérielle le 1er septembre, avait été préalablement passée au karcher par des sociétés privées, à l’initiative de la mairie. Les poubelles avaient été vidées, les encombrants, à l’abandon depuis des semaines, transportés à la déchetterie. Cela aurait dû se faire dans la discrétion, mais les habitants ont vendu la mèche. De ce fait le constat des lieux a plutôt ressemblé à cette visite des syndicalistes britanniques à Rostov-sur-le-Don, à l’époque de Staline.

Si les ministres reviennent, qu’ils le fassent à l’improviste, pour voir la réalité du terrain. Quand on sait que « le fusil d’assaut se démocratise », selon les policiers de Marseille, une nouvelle visite tant des calanques que des quartiers nord ne devrait d’ailleurs pas tarder…

p class=”relecture” style=”text-align: right;”>Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 3 septembre 2021