Kaboul : embarquement immédiat, par Francis Bergeron

C’est le plus catastrophique des scénarios : sont coincés dans l’aéroport de Kaboul et à ses abords des centaines d’Occidentaux, essentiellement des soldats américains, mais aussi des dizaines de milliers d’Afghans qui tentent de fuir les talibans. Les routes vers l’aéroport sont désormais contrôlées par les fondamentalistes islamistes. Tous ceux qui espéraient pouvoir rejoindre encore l’aéroport ont rebroussé chemin, et des témoins ont vu les corps de femmes, assassinées parce que portant un jean et étant sorties de chez elles sans être accompagnées par un homme. Les talibans offrent beaucoup de similitudes avec les Khmers rouges quant à leurs méthodes. Ce qui ramène les Etats-Unis 45 ans en arrière.

Compte tenu des saturations à la dernière porte de sortie du pays, le président Biden, dans un sursaut de lucidité, a évoqué un maintien des soldats américains sur le sol afghan au-delà du 31 août. Mais c’est trop tard, le mal est fait, la désorganisation est totale, la panique générale.

Les talibans ont d’ailleurs rejeté l’idée d’un maintien de la présence américaine au-delà du 31 août. Ils laissent entendre qu’ils attaqueront alors l’aéroport, qui n’est plus qu’une masse de civils. Il reste une semaine tout juste avant cette échéance, les assauts, les bombardements meurtriers. La panique s’est emparée de la foule, au point que sept personnes, dont une fillette, sont mortes, piétinées.

Pour le porte-parole des talibans, cette date du 31 août est « une ligne rouge ».

Les islamistes retournent contre Biden ses propres propos puisque c’est lui qui a fixé cette échéance pour le départ du dernier Américain. Le porte-parole des talibans en conclut que, si des soldats américains sont toujours là le 1er septembre, « cela signifie qu’ils prolongent l’occupation, alors que ce n’est pas nécessaire ». A toute demande de prolongation « pour poursuivre les évacuations, la réponse est non », a-t-il ajouté. On ne peut être plus clair.

Un Biden velléitaire, maladroit

L’ancien président Trump n’a pas manqué de souligner « l’extrême incompétence » de son successeur qui a lui-même fixé des échéances intenables. Biden s’avère velléitaire et maladroit, aux commandes du pays, à un moment capital de sa présidence. Et les surnoms pas très aimables que lui avait collés Trump pendant la campagne électorale : Joe l’endormi, Joe la lenteur, Joe le planqué, semblent devenir une réalité sous les yeux de la planète entière.

Biden est d’ores et déjà en plus mauvaise position que Carter, considéré pourtant par les historiens américains comme le plus mauvais président de l’après-guerre.

Sur le terrain, les évacuations se poursuivent. Depuis la chute de Kaboul, une centaine de Français, une quarantaine d’autres Occidentaux et un millier d’Afghans ont été évacués par le biais de la filière française. Parmi le millier d’Afghans, un taliban et quatre autres hommes qui lui sont proches ont été identifiés. Ils sont à présent sur le sol français, et personne ne sait comment traiter ces cas. Comment savoir en effet si ces hommes ont embarqué pour profiter d’un effet d’aubaine ou s’ils étaient en service commandé pour mener des actions terroristes en Europe ? Peut-être le contingent débarqué compte-t-il d’autres talibans ?

Pour sa part, la Maison-Blanche dit avoir évacué 37 000 personnes, et pense être en mesure de faire partir tous les Américains. Quant aux autres, en particulier les Afghans qui tentent d’échapper à une mort certaine, ce sera vae victis, si on comprend bien.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 11 août 2021