Une révolution profondément française, par Ivan Rioufol

Pour 43% des sondés, « la France devient une dictature » (JDD de ce dimanche). Ils sont 57% à refuser ce point de vue. Ce jugement est, en effet, aisément contestable : le régime n’arrête pas ses opposants, et la contestation dans la rue s’exprime sans entraves. Reste que le sentiment d’être entré brutalement, cet été, dans un nouveau modèle de société, autoritaire et liberticide, est loin d’être marginal. L’Etat hygiéniste, imposé le 12 juillet par Emmanuel Macron avec l’aval de « contre-pouvoirs » acquis à ce basculement, n’a plus beaucoup à voir avec une démocratie équilibrée. Le passe sanitaire, qui instaure la discrimination entre citoyens, peut être vu comme une régression.

Ceux qui manifestent tous les samedis depuis le 17 juillet ont raison de dénoncer cette ségrégation sanitaire et sa vision aseptisée de la Santé, érigée en valeur cardinale au détriment de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité. La dépolitisation apparente de la stratégie macronienne est un leurre : il permet au chef de l’Etat de se présenter en protecteur de son peuple, alors même qu’il a renoncé à désendetter le pays, à le réformer, à le mettre à l’abri des fractures. Je me retrouve, avec bien d’autres qui refusent ce passe de la honte, interdit de fréquenter des lieux anodins comme les bistrots ou les cinémas. Je trouve cette situation de paria, soutenue pourtant par 57% des sondés, indigne et révoltante. Ce passe ne passe pas.

La France n’est pas une dictature, c’est entendu. Mais comment se nomme ce prétendu modèle « libéral » et « démocratique » qui n’accepte que le monologue du président, la propagande d’Etat, la conformité de tous à la norme officielle ? « Le parti a toujours raison », répète en substance le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, quand il assure : « Il n’y a pas d’autre alternative ». Comment se nomme cette prétendue société « ouverte » et « tolérante », qui fait des hiérarchies entre les citoyens et attribue aux QR Codes des vertus patriotiques, comme la Loi des suspects de 1793 faisait le tri en fonction des « certificats de civisme » ?

Si l’idéologie totalitaire se caractérise par un système de pensée unique, une vérité d’Etat, une intolérance pour le pluralisme des opinions, une diabolisation de l’adversaire, un rejet des faits dérangeants, un usage immodéré de la sanction pour les questionneurs, alors le macronisme est bien une machine despotique. Et les 43% de sondés qui y voient une dictature en marche n’ont pas totalement tord. L’Etat hygiéniste, qui agite la peur et l’hystérie, fait passer les défenseurs de la Liberté, de l‘Egalité et de la Fraternité pour les ennemis de la République. La macronie a face à elle une révolution en cours. Elle est profondément française.

Ivan Rioufol

Texte daté du 15 août 2021 et repris du blog d’Ivan Rioufol