Réflexion en 12 points sur le pass sanitaire (suite), par Maxime Tandonnet

1. La situation sanitaire, de fait, n’a rien de cataclysmique à en juger par le tableau du bord du Monde. Nulle trace du tsunami annoncé. La hausse des contaminations liée au variant delta semble plus ou moins stabilisée. Le nombre de morts déclarés n’augmente pas significativement (45/jour) même si évidemment toute mort est à déplorer mais le covid19 tue 7 fois moins que le tabac et l’alcool et moins désormais que certaines épidémies récentes. Le Monde a même le courage (exceptionnel) de faire observer qu’aujourd’hui, le taux de mortalité globale est équivalent à celui de 2019 (avant le covid). La manipulation de la peur est ainsi au centre d’une stratégie de soumission. On peut évidemment tout imaginer mais rien ne permet sérieusement d’anticiper sur une hécatombe justifiant de nouvelles mesures d’exception.

2. Avec le pass sanitaire rendu obligatoire pour les actes de la vie quotidienne, les dirigeants du pays opèrent une authentique révolution. On peut se contorsionner dans tous les sens, s’offusquer, ricaner, calomnier, insulter, diaboliser, ringardiser, s’aveugler par tous les moyens, cela n’y change rien. En imposant le contrôle d’un laisser-passer pour entrer dans un train, un restaurant, un cinéma, la classe dirigeante tourne le dos à la tradition française de liberté. En interdisant l’accès de différents espaces indispensables à la vie quotidienne à une large partie de la population non détentrice du pass sanitaire, souvent pour des raisons indépendantes de sa volonté (résidence à l’étranger, médicale ou peur panique du vaccin que seule l’explication peut surmonter et non la contrainte), elle bafoue de plein fouet le principe d’égalité et officialise pour la première fois dans l’époque contemporaine, une forme de discrimination et d’exclusion officielle envers une grande partie des citoyens. Le sommet de l’absurdité est atteint avec l’argument selon lequel les non détenteurs d’un pass sanitaire (ou non vaccinés) représenteraient un danger pour les vaccinés – dès lors que ces derniers sont par définition protégés.

3. Un formidable rouleau compresseur est en marche. Sans doute, même lors du référendum constitutionnel de 2005 ou de la crise des GJ, n’a-t-on jamais assisté à un tel unanimisme politique et médiatique. Dans un formidable élan mimétique, les grandes chaînes de télévision et de radio (TF1, F2, BFM, Europe 1, RTL, etc.), la presse quasi officielle de droite comme de gauche, (le Monde, Libé, les Echos, le Point l’Express, l’Obs, la presse régionale) à l’exception des éditoriaux du Figaro, de FigaroVox et de Marianne, s’expriment avec un unanimisme qui semble n’avoir aucun précédent : le pass sanitaire obligatoire est la voie du bien et sa contestation une chose abominable, complotiste, obscurantiste, criminelle, irresponsable, assimilée aux mal absolu que sont les « antipass » (après les « antivax »). Et ne parlons pas des 200 à 300 000 manifestants du samedi qui sont discrédités et traînés dans la boue par tous les moyens possibles et imaginables. Ce gigantesque élan de consensualisme est d’autant plus paradoxal qu’il s’effectue, de fait, à l’encontre des valeurs jusqu’alors dominantes, valeurs républicaines ou simplement françaises voire universelles de liberté et d’égalité.

4. La contestation politique est réduite à néant ou renvoyée aux marges de l’échiquier. Le principal parti d’opposition (LR) est massivement rallié à la logique du pass sanitaire obligatoire. Toute forme d’esprit critique, face à la réalité du « tsunami » ou quant aux conséquences de cette réforme est gommée des esprits. Les pires sont les candidats à la présidentielle. Ils ne voient de salut que dans l’alignement inconditionnel. Lâcheté, inintelligence de l’histoire? [L’un d’eux, contacté par mes soins, m’a répondu exactement comme s’il récitait des éléments de langage fournis aux élus LREM].

5. La détresse authentique d’une partie de la population française est ignorée, bafouée, passée sous silence. Les restaurateurs, propriétaires ou salariés de bars, les gens du cinéma ou du spectacle sont une fois encore martyrisés. Même menacés de lourdes sanctions (fermeture, puis 9000 € d’amende et un an de prison) ils n’accepteront jamais de se substituer à la police pour contrôler les pass sanitaires, ce n’est pas leur métier, ils n’en ont pas l’autorité. La fréquentation de leurs établissements ne peut que s’effondrer les condamnant à brève échéance. Les jeunes sont tout aussi maltraités: pendant des mois, exclus du vaccin car non prioritaires et aujourd’hui sommés de se faire vacciner sans délais sous peine d’un arrêt de mort sociale. Mais toute cette masse de désespoir n’intéresse personne, ringardisée par le rouleau compresseur politico-médiatique et une logique de manipulation de la peur qui n’a pas le moindre fondement.

6. Nous assistons au paroxysme d’une déconnexion entre la sphère décisionnelle ou influente, médiatique, et la vie quotidienne des Français. Imposer la présentation d’un laisser-passer pour s’asseoir simplement à la terrasse d’un café en plein air, ou le risque de contamination est inexistant, en tout cas pas plus élevé que dans la rue et moins que dans le métro, est une mesure absolument grotesque et tragiquement humiliante, mais sous l’impact du rouleau compresseur, cela n’intéresse strictement personne et ne soulève aucune objection.

7. D’après les sondages plus ou moins contradictoires, l’opinion est favorable au laisser-passer sanitaire à plus de 60%. C’est une erreur de s’en tenir à ce constat. L’opinion est versatile, fluctuante, volatile. Aujourd’hui, elle est satisfaite de la poigne qui lui paraît répondre au climat de peur et aux messages alarmistes. Mais quand des vidéos vont circuler sur Internet montrant des jeunes ou des mères de familles (stupidement) refoulés à la terrasse des cafés tandis que des cadres encravatés y seront accueillis, ou des échauffourées devant les restaurants ou les trains, comment les Français vont-il réagir?

8. Les voix dissidentes sont rarissimes mais précieuses car elles évitent de nous plonger dans la solitude absolue. Parmi celles de ma préférence politique, j’ai noté M. Bellamy, M. Julien Aubert, Mme Lydia Guirous, M. David Lisnard, M. Damien Abad. Qu’ils soient remerciés pour leur courage et leur lucidité. [Quoi qu’il arrive je ne soutiendrai jamais, ne voterai jamais pour des politiques qui se sont montrés serviles et calculateurs, ou pire, imbéciles dans cette affaire d’une extrême gravité.]

9. Un silence assourdissant pèse sur le caractère malsain de l’opération en cours. Selon le discours officiel, la fin ultime de ces mesures est de forcer la population à se faire vacciner. C’est reconnaître que son objectif est bien d’empoisonner la vie des Français non vaccinés voire la rendre impossible. Depuis quand un pouvoir politique aurait une légitimité à faire souffrir délibérément une partie ciblée de ses compatriotes en appliquant un principe de chantage à la vie quotidienne? La logique est celle d’une vaccination obligatoire qui ne dit pas son nom. Comment une telle hypocrisie et dérobade face au principe de responsabilité peut-elle aussi bien passer, dans la plus parfaite indifférence, voire banalisation? Idem sur le chantage ultime: laisser-passer ou reconfinement? Comment une nation adulte peut-elle accepter une telle infantilisation? Et qui aurait le courage de répondre: nous n’acceptons ni l’un ni l’autre?

10. L’effet le plus flagrant du laisser-passer sanitaire est de déchirer le pays, les cercles d’amis, les familles. La grande fracture est de retour, celle de 2005 et celle de la crise des GJ. La majorité bienpensante qui suit le courant médiatico-politique dominant se retrouve face à la minorité diabolisée sous la caricature des « antipass » ou des « antivax » irresponsables individualistes contre l’intérêt général. Telle est le discours dominant. Il peut être aisément inversé en opposant la minorité résistante au nom de la liberté à la majorité bêlante. Mais peu importe, une sorte de guerre civile froide qui peut rapidement dégénérer est en train de s’installer dans le paysage français.

11. Tout cela ne se comprend bien entendu que par le contexte politique et l’approche de l’élection présidentielle. La dramatisation, le naufrage dans l’autoritarisme, la recherche de l’affrontement procède d’une logique qui est à l’œuvre depuis bientôt cinq ans: fracturer le pays pour l’entraîner dans le schéma du conflit habituel entre la supposée modernité, éclairée et la France périphérique ou obscurantiste, c’est-à-dire le combat entre le héros du bien et l’incarnation du populisme ringard (soit le duel le Pen/Macron). La réélection de 2022 est bien entendu en filigrane de cette crise de société.

12. Que va-t-il se passer maintenant? Le mouvement va probablement s’amplifier et dégénérer à la rentrée de septembre. En France, un choix politique pénalisant ou discriminant une partie de la population, notamment les jeunes, est le plus sûr chemin pour conduire le pays à la révolte, à la violence et au chaos. L’opinion exaspérée va se retourner. Le pouvoir tentera de reculer et d’édulcorer ou neutraliser le fond de ses mesures tout en préservant la coquille légale par exemple en renonçant au contrôle des terrasses ou en revenant à la gratuité des tests. Mais il n’est pas sûr que cela suffise. Le pouvoir a allumé un incendie qu’il aura toute peine à éteindre et il en sera forcément perdant dès lors que les yeux vont se dessiller. Problème: cette crise toute en soulignant la nocivité de l’équipe en place démontre aussi la nullité des solutions alternatives: pour l’instant en tout cas.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet