Restrictions sanitaires : nouveaux codes d’une nouvelle société

Depuis un an et demi, l’épidémie de Covid-19 est le prétexte à l’instauration de mesures liberticides. Au nom d’un droit biaisé à la santé, le système juridique français s’est enrichi, de manière soi-disant temporaire, de mesures de contrainte à l’égard de la population. L’état d’urgence sanitaire, créé pour répondre efficacement et ponctuellement à une épidémie inconnue, s’ancre dans la durée, au point que les Français s’en accommodent.

Déjà prolongé à trois reprises par le Parlement, cet état de crise, censé être par essence provisoire, risque fort de ne jamais disparaître. De ce fait, les mesures restrictives, justifiées par leur nécessité pour lutter contre la propagation du virus et leur limitation dans le temps, seront pérennisées.

Les antécédents en termes de normalisation d’un régime extraordinaire justifient la méfiance. À la suite des attentats islamistes meurtriers de 2015, le Président François Hollande avait décrété l’état d’urgence sécuritaire pour pouvoir combattre le terrorisme. Ce régime donnait aux forces de l’ordre des pouvoirs exorbitants en matière de droit pénal et de droit de la sécurité intérieure. S’il a été abrogé au bout de deux ans, après plusieurs renouvellements, ses mesures phares ont été inscrites durablement dans le droit positif. On pense, notamment, aux fermetures administratives de lieux de culte, aux mesures administratives de contrôle ou aux visites domiciliaires. Cet acte a été posé par l’exécutif et le législateur en dépit des atteintes importantes que les mesures causaient aux libertés individuelles. Le magistrat Denis Salas parlait, alors, d’une « transposition tout à fait claire de l’état d’urgence dans le droit commun ».

Si nos dirigeants prennent soin de traiter de complotistes ou d’idiots les lanceurs d’alerte, ils laissent clairement paraître leur volonté de faire durer les restrictions qui entravent notre vie depuis des mois. Renaud Muselier, président de la région PACA, en donne un bel exemple en affirmant, dans un tweet, préparer le financement d’appareils de vérification du passe sanitaire pour le mois d’octobre. En théorie, le passe sanitaire doit disparaître avec la fin de l’état d’urgence sanitaire le… 31 octobre. Même peu soigneux de l’argent des autres qui leur est confié, il paraît douteux que des élus payent des machines qui ne seront utilisées que quelques semaines.

Si la communication gouvernementale a longtemps exploité le mirage du jour d’après pour obtenir la docilité du peuple, elle s’oriente désormais vers le fatalisme face au virus. Celui-ci nous obligerait à accepter un nouveau système juridique et social où l’entrave serait la norme. La troisième dose de vaccin annoncée par Macron suscite, elle aussi, des questions légitimes quant à la mise en place de doses de rappel régulières et la pérennisation du passe.

Le lien de confiance est rompu entre un gouvernement menteur et un peuple désabusé. Depuis longtemps, rapidement après le début de la crise sanitaire, la gestion de l’épidémie tourne le dos au bon sens. Le progressisme sanitaire de Macron et Véran promet une société de contrôle. Une nouvelle fois, nos libertés risquent d’être entravées de manière définitive pour des motifs irrationnels et par la faute de l’incompétence de nos gouvernants à gérer correctement une situation de crise.

Confinement, passe sanitaire, isolement et restrictions multiples s’installent dans nos vies. Amèrement, on se souvient des mots – terribles avec le recul – de notre Président : « Nous devons apprendre à vivre avec le virus. » Par opportunisme et conviction, ce chantre de la start-up nation ne risque pas de nous rendre notre vie d’avant.

Gustave Fardas

Tribune reprise de Boulevard Voltaire