La pandémie politique, par Etienne Defay

On s’agaçait en regardant les nombreux débats de voir les médecins se prendre pour des politiques et les hommes politiques se prendre pour des médecins. Ainsi, Didier Raoult est devenu malgré lui une personnalité politique de premier plan, pendant ce temps Emmanuel Macron est devenu un virologue de renommée internationale. Las. Dans les sociétés démocratiques occidentales modernes, tout est devenu politique.

Le moindre fait nécessite de se placer, tout est matière à conviction, débat, polémique et appelle un soutien ou une condamnation tout aussi ferme. La situation sanitaire n’échappe pas à la règle et rajoute une fracture supplémentaire dans une société française exsangue. Si le virus confirme les disparités sociales et géographiques du territoire, il est aussi devenu un point d’opposition politique et l’épidémie s’est parfaitement calée dans l’agenda électoral des uns et des autres.

Si vous êtes progressiste et électeur convaincu d’Emmanuel Macron, vous serez nécessairement pro-vaccin et pro-confinement. Sociologiquement, vous êtes généralement un CSP++ proche de ou à la retraite (confortable) et jouissez de plusieurs résidences. Au demeurant, votre esprit individualiste et jouisseur sans entrave vous fait regarder l’autre comme un potentiel enquiquineur dont les convictions doivent s’abaisser devant cette liberté de jouir. Sans entrave certes mais uniquement pour vous. Peu importent les règles tant qu’elles vous permettent de rallier La Baule ou le cap Ferret sans encombre. A contrario, si vous êtes déclassé, habitant de la France périphérique et que vous subissez l’incurie de l’État, vous serez plus enclin à éprouver de la défiance à l’encontre de la stratégie sanitaire. De même, si vous avez un sens des réalités, une intelligence normalement développée et un sens aigu du bien commun, il y a peu de chance que vous approuviez la politique en place. Il y a quelques décennies, on aurait pu trouver ces propos caricaturaux. Force est de constater qu’ils ont un fond de vérité. Cette légère digression pour s’interroger sur l’aspect éminemment politique de ce virus. Chez les principaux dirigeants de l’opposition, on n’ose, à l’image du quinquennat Macron, s’opposer frontalement.

LR, LFI et RN peinent à trouver une ligne claire. Peur d’être jugés responsables des morts et des dégâts causés par cette pathologie ? Peur de l’épidémie ? Il n’y a que les petits candidats tels Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Frédéric Poisson et surtout Florian Philippot qui en ont fait un axe principal de leur communication voire de leur campagne présidentielle. Tels la souveraineté, l’économie ou la sécurité, le Covid rejoint la liste des sujets clivants et des positionnements obligatoires. Sans doute parce que les ombres se cachant derrière la pandémie portent des noms bien plus importants : liberté, civilisation et conscience.

A l’image de l’épidémie, ce quinquennat désastreux doit toucher à sa fin au plus vite. Sans cela, nous perdrons bien plus qu’une table de restaurant ou un pouvoir d’achat.

Etienne Defay

Article paru dans Présent daté du 16 juillet 2021