Dr Bertrand Legrand : « Qu’est-ce que c’est que cette génération qui mise tout sur la vaccination des plus jeunes ? »

Il est, désormais possible de faire vacciner les adolescents à partir de 12 ans avec autorisation des deux parents. Doit-on en passer par là pour obtenir enfin l’immunité collective ?
Réaction au micro de Boulevard Voltaire du Dr Bertrand Legrand.

La vaccination se poursuit avec, évidemment, en priorité la vaccination d’un maximum de personnes qui a pour but de favoriser une immunité collective. En ce moment, les mineurs peuvent être vaccinés avec une autorisation parentale et la présence d’un des deux parents pendant la vaccination. Est-ce une bonne chose de vacciner les plus jeunes ?

Le bénéfice individuel pour un adolescent est assez faible puisqu’il y a eu très peu de morts, très peu de cas de Covid long et très peu d’effets secondaires chez les adolescents. Ce n’est sûrement pas pour le bénéfice individuel de l’adolescent que nous vaccinons. Le risque est faible, mais des risques existent toujours, notamment lorsqu’on vaccine des millions de personnes. En demandant l’autorisation des deux parents pour pouvoir vacciner, cela laisse entendre que l’on rend responsable un des parents de l’acte de la vaccination. On n’a pas demandé le refus des deux parents en cas de non-vaccination. Si on était dans un rapport bénéfice/risque en faveur de la vaccination, on aurait demandé que les deux parents engagent leur responsabilité s’ils refusaient la vaccination.

Partons du principe que ces vaccins sont efficaces contre l’épidémie de Covid-19. Théoriquement, faudrait-il les vacciner pour stimuler une immunité collective ?

Cette question est intéressante puisqu’on se demande s’il faut vacciner une génération au bénéfice d’une autre. Si on élimine la catégorie très à part des personnes qui vivent dans l’entourage d’une personne qui pourrait avoir un risque de contamination malgré sa vaccination, on parle de gens qui ne seraient pas vaccinés et qui demandent à leur entourage de vacciner les enfants de manière à se prémunir d’une bulle et de ne pas risquer d’attraper le Covid. Quelle est cette génération qui mise tout sur la vaccination qu’eux-mêmes refusent ? À un moment donné, le conflit de générations pose une vraie question. On remarque que la génération post-soixante-huitarde profite bien de la vie et oublie qu’elle se doit d’obéir à un certain nombre de règles. Elle a dû l’oublier en 68 et elle n’a toujours pas compris.

On en revient toujours à cette fameuse génération qui a voulu jouir sans entraves et qui continue de jouir, quitte à prendre en otage la jeune génération. Ce jugement est peut-être un peu facile…

C’est toujours un peu facile. On remarquera que cette génération-là est la plus à risque et n’arrive pas à atteindre une immunité collective. Il ne faut pas oublier que 80 % de ces gens-là sont vaccinés. On peut se demander pourquoi les 20 % restants demandent à leur génération de se vacciner. Pourquoi devrions-nous arrêter notre vie pour des gens à qui nous avons proposé la vaccination et qui la refusent. Lorsqu’on refuse de se vacciner, on assume le risque d’attraper le Covid et, dans un nombre de cas assez faible, de terminer à l’hôpital. À ce moment, on en supporte les frais puisque l’État n’a pas à payer pour l’ensemble des personnes qui n’ont pas envie de prendre les précautions nécessaires.

Qu’est-ce qui vous fait dire que cette génération née entre 1945 et 1960 n’a pas envie de se faire vacciner ?

Je le sais tout simplement de mon expérience personnelle dans mon cabinet. Certains de mes patients me disent ne pas vouloir se faire vacciner et souhaitent réfléchir encore un peu. Une minute plus tard, ces mêmes patients me demandent quand est prévue la vaccination des jeunes. Ce n’est, bien sûr, pas le cas de tout le monde, mais c’est quelque chose que l’on voit et qui ne choque absolument pas ces personnes-là.

Le port du masque dans la rue et dans les espaces publics va prendre fin le 30 juin. Depuis une quinzaine de jours, il fait très chaud, notamment à Paris. On se demande quel est le bénéfice/risque ?

En réalité, le port du masque perd de son intérêt lorsque la prévalence de la maladie diminue. Le port du masque a pour but de limiter la propagation.

L’année dernière, nous avions l’impression que la maladie disparaissait. En réalité, il n’y a plus d’aérosol du simple fait de la sécheresse de l’air. En intérieur, le port du masque est absolument nécessaire. Au fur et à mesure que varie la prévalence, un même lieu se situera dans un risque ou non. Mon cabinet médical a sûrement beaucoup plus d’aérosol que dans les vestiaires d’un stade de foot.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire