abbé Christian Venard

Abbé Christian Venard, sur la procession attaquée par des antifas : « Si elle n’avait pas été catholique, on imagine déjà l’émotion nationale, voire internationale… »

Samedi dernier, une procession catholique à la mémoire des prêtres assassinés par les communards a fait l’objet d’une agression violente de la part de militants d’extrême gauche. Voici la réaction de l’abbé Christian Venard au micro de Boulevard Voltaire.

Samedi, environ 300 pèlerins parisiens ont répondu à l’appel du diocèse de Paris et ont processionné dans les rues vers l’Est parisien pour commémorer les prêtres assassinés durant la Commune. Cette procession a été très violemment attaquée par des manifestants d’extrême gauche qui eux commémoraient les communards, ceux qui avaient assassiné les prêtres pour lesquels les catholiques processionnaient. Que révèle cette agression gratuite ?

Il faut distinguer le fait en lui-même des antifa d’extrême gauche et une procession catholique au même plan politique que leur propre manifestation. Il y a une incompréhension formelle.

Ce qui m’intéresse davantage, c’est l’absence de réaction et d’indignation de l’immense majorité de la classe politico-médiatique, à quelques exceptions près.

Je n’aime pas utiliser le mot deux poids deux mesures ou alors dans une manière descriptive. En effet, on peut constater que si cette procession n’avait pas été catholique, imaginons que c’était un moment de prière organisée par un autre culte, musulman ou israélite, on imagine déjà l’émotion nationale, voire internationale, qui se serait emparée du sujet.

L’important pour nous catholiques est de ne pas rentrer dans ce débat-là. C’est un piège puisqu’ils nous poussent vers des positions victimaires et communautaristes contre lesquelles notre propre religion se pose. Les premiers chrétiens qui ont perdu la vie au nom de leur foi sous l’Empire romain ne se posaient pas comme des victimes. Ils prenaient les risques jusqu’à donner leur vie.

Sans tomber dans la position de victimaire, il y a aussi un diagnostic à faire que l’Église catholique n’a pas encore fait. C’est un état des lieux clair et net. Nous observons des faits quotidiens comme des profanations, des incendies d’églises et des actes anti-chrétiens. On a l’impression que les catholiques eux-mêmes n’en ont pas encore vraiment pris conscience.

Ce qui me paraît intéressant c’est l’absence de réactions que ce soit de la part des catholiques, mais plus généralement de la société. Ce qui touche à la religion catholique n’est plus considéré comme un élément sacré pour notre société. Le mot sacré que j’emploie est de l’ordre du ciment social auquel on ne doit pas toucher. Je vous donne un exemple. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les sociétés occidentales ont considéré comme sacré tout ce qui touchait à la Shoah. Nous avions atteint le comble de l’horreur de ce que l’humanité pouvait faire. Collectivement, nous sentons bien que nous ne voulons pas que l’on touche à cet élément comme un élément sacré.

Ce qui m’interroge à travers l’absence de réaction de chanteurs, de politiques ou de journalistes à quelques exceptions près, c’est ce déplacement du sacré. De toute évidence, ce qui touche à la foi catholique n’est plus considéré comme sacré, alors que même dans le champ religieux, je pense notamment à nos frères dans la foi juive ou à ce qui touche à l’islam, on le considère encore comme quelque chose de sacré auquel on ne doit pas toucher. Cela devrait être une vraie interrogation pour les élus de la France. Comment a-t-on pu arriver, dans un pays qui a été totalement forgé par le christianisme, à une telle détestation de soi-même ? On en est arrivé à ne plus considérer comme sacré ce qui touche à le religion catholique.

Il n’y a pas de haine des catholiques en Occident, mais plutôt une haine de soi-même qui se déplace sur le catholicisme.

Pour la plupart de nos contemporains, ce n’est même pas une haine du catholicisme, mais le catholicisme est simplement sorti de leur champ de vision et n’est plus considéré comme un élément sacré, fédérateur de la société, alors que d’autres éléments le sont. Par exemple, un certain nombre de forces progrès voudraient mettre, dans ces éléments sacrés qui forgent la société, un prétendu droit à l‘avortement auquel on ne pourrait pas toucher. Nous catholiques, sommes-nous capables d’un minimum d’introspection ?

Le Pape François lui-même avait dit qu’il ne fallait pas considérer l’Église comme une certaine ONG parmi d’autres ONG. Le catholicisme français n’a-t-il pas, à certaines période,s trop voulu se montrer comme une espèce d’humanitarisme bien sympathique, mais dans lequel on gommait un peu les aspects typiquement sacrés. Ne trébuchons-nous pas parfois sur nos propres erreurs ?

Je comprends l’émoi des fidèles catholiques qui se sont retrouvés menacés de manière violente. De ce point de vue-là, le diocèse de Paris a une attitude plutôt intelligente. Plutôt que de rentrer dans une polémique que l’on peut comprendre, il essaie de rechercher un peu plus loin les raisons qui nous amènent à cela. C’est un signal d’alarme.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire