Des berceaux ou des bateaux – La natalité s’effondre : c’est le fruit d’une volonté politique

François Bayrou pantouflait au haut-commissariat au plan, mais la note qu’il vient de rendre publique sur la natalité, si elle ne nous apprend strictement rien, fait l’effet d’un (petit) pavé dans la mare. Bayrou n’est pas réputé être le porte-parole des adeptes des valeurs traditionnelles. Mais la note confirme que la France connaît un passage à vide démographique, aggravé par le Covid-19.

Allons tout de suite aux solutions (à peine esquissées) : le haut-commissaire nous dit qu’au vu des projections démographiques il faut augmenter la natalité (avait-on besoin d’un haut-commissaire pour nous délivrer cette lapalissade ?)… et qu’il faut encore augmenter l’immigration.

On imaginait bien que l’allié numéro un de la macronie profiterait (ou prendrait prétexte) de sa note sur l’hiver démographique pour asséner un message politique anti-identitaire. Sachons gré, néanmoins, à Bayrou, de ne pas proposer comme unique solution le grand remplacement (qui n’existe pas, comme chacun sait), mais un remplacement partiel.

Sa note est par ailleurs très pauvre sur le seul plan qui nous intéresse : une vraie relance d’une politique de soutien aux familles et aux naissances. Simple compilation des études alarmantes sur la baisse de la natalité en France, la courte étude part du constat que, depuis 2014 au moins, la natalité n’assure plus le renouvellement des générations, que la pyramide démographique inversée menace « le modèle français », à commencer par notre système de retraite par répartition. « Il manquerait 40 000 à 50 000 naissances par an » pour assurer un simple maintien de la population. « L’indice de fécondité se tasse », nous dit encore Bayrou : il est passé de « 2,02 enfants par femme en 2010 à 1,83 en 2019 ». Notre pays connaît une situation à l’allemande, à l’italienne, qui va se traduire par un vieillissement de la population et à terme par un dépeuplement.

On comprend bien que pour Bayrou, chargé de tracer les perspectives d’avenir du pays, ce constat – si rien n’est fait – ne soit pas très excitant. Mais le chef du MoDem livre pour l’essentiel une simple photographie et n’explique pas comment nous en sommes arrivés là. Ce qui l’oblige à rester dans les généralités, la banalité, avec, comme mesure phare, cette incitation à accepter et même encourager l’immigration.

Entretenir une peur de l’avenir

L’avortement, l’euthanasie, la contraception, présentés désormais comme des valeurs essentielles de la République, il ne connaît pas. Les idéologies du déclinisme, de l’antispécisme, de l’être humain qui souillerait la nature, de la repentance et de la honte de ce que nous avons été, et de ce que nous sommes, contribuant à entretenir une peur de l’avenir, il ne connaît pas. Pourtant ce discours militant contre les enfants, c’est surtout chez les écologistes et plus généralement à gauche qu’on l’entend. Cette idéologie a favorisé une abondante législation antifamiliale Le seul point positif de la note de Bayrou, c’est justement cette préconisation d’« une politique familiale qui permette aux gens d’avoir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent », évoquant le fait que « la dégradation de la natalité en France a été concomitante des mesures fiscales touchant notamment le quotient familial ».

Mais curieusement les médias ont surtout retenu un message : il faut plus d’immigrés pour sauver notre système social.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 18 mai 2021