Bernard Madoff est encore parti sans finir de payer

L’escroc américain Bernard Madoff, né en 1938 à New York, ancien président du NASDAQ, figure de Wall Street, arnaqueur des riches, des banques et des fonds d’investissement, condamné à 150 ans de prison pour une des pires fraudes financières de l’Histoire, de l’ordre de plusieurs dizaines de milliards de dollars, peut-être même la pire étant donné le contexte de crise financière et économique en 2008, est mort derrière les barreaux du pénitencier de Butner en Caroline du Nord. Il avait 82 ans. Ses grands-parents étaient des immigrés juifs polonais, roumains et autrichiens.

Après 2008, Madoff était devenu le symbole de la crise financière. Pendant 20 ans, le financier « gérait » l’argent d’investisseurs, en particulier de la « jet society » démocrate. En réalité, cet argent était déposé sur un compte et lorsque ses créanciers réclamaient des dividendes, il leur redonnait une petite partie de leur argent, de faux dividendes en somme. Jouant de l’argent des uns et des autres, Madoff est ainsi parvenu à tromper son monde durant deux décennies. Madoff piochait dans le portefeuille des uns pour payer les dividendes des autres et réciproquement. Les marchés financiers avaient d’autant plus confiance en lui qu’au début du XXIe siècle, ils explosaient, sans que l’on s’aperçoive qu’il s’agissait d’une bulle. Madoff était considéré comme l’un des meilleurs financiers de la planète. Sa réputation lui apportant sans cesse de nouveaux dindons, dont l’argent servait à payer les faux dividendes des suivants et cetera.

Ce système d’escroquerie, dit de Ponzi, évalué à plus de 62 milliards de dollars, s’est écroulé du fait de la crise financière de 2008, quand nombre d’investisseurs ont voulu retirer leurs fonds des coffres d’un Madoff qui n’était pas en capacité de les rembourser, l’argent n’existant plus. Le pot aux roses est alors apparu aux yeux éberlués de la mondialisation financière, révélant à tout un chacun combien ce système, au-delà d’individus tels que Madoff, n’est que faux-semblants et escroqueries par essence. L’affaire avait été révélée par les deux fils de Bernard Madoff, décédés depuis, l’un étant mort d’un cancer, l’autre s’étant suicidé.

Bernard Madoff, comme tout escroc de cette envergure, n’a jamais manqué de culot. Ce fut le cas jusqu’à la fin de sa vie. En effet, il a demandé, en février 2020, a être libéré par « compassion », arguant d’une maladie des reins, affirmant être mourant. Le pénitencier où il purgeait sa peine est d’ailleurs une prison fédérale médicalisée. Ses arguments ? Madoff les a exprimés auprès du Washington Post. Il fallait oser : « Je suis mortellement malade. Il n’y a pas de guérison pour ce genre de maladie. J’ai déjà purgé 11 ans et franchement, j’en ai souffert ». Dur de ne plus être un privilégié. Les victimes de la crise de 2008, par centaines de milliers, les habitants de Détroit par exemple, ville passée de plus de 2 millions à 700 000 habitants en 30 ans, avec une accélération de son dépérissement à partir de 2008, apprécieront. Au fait, qui a payé les pots cassés de la crise de 2008 en général ? Les peuples. Vous, moi.

Paul Vermeulen

Article paru dans Présent daté du 15 avril 2021