Condamner Salvini pour le rendre inéligible, par Olivier Bault

Les scandales qui ont éclaté l’année dernière au sein de la magistrature italienne ont montré combien celle-ci était politisée et abusait de ses pouvoirs pour mettre hors course les leaders de la droite. Dans le cas du bateau de la Garde côtière Diciotti auquel Salvini avait interdit en 2018 de débarquer son chargement d’immigrants illégaux tant que les partenaires européens de l’Italie ne se seraient pas engagés à les prendre en charge, le complot impliquant des membres du Conseil de la magistrature et le président du Tribunal des ministres de Palerme, chargé d’instruire le dossier, a été prouvé grâce à la mise sur écoute du téléphone d’un influent procureur, Luca Palamara, soupçonné de corruption (voir « Italie – Des magistrats au service de la gauche et de ses revendications » dans Présent du 3 juin 2020). Cependant, la coalition Ligue-M5S étant alors encore en place, le Sénat n’avait pas accepté de lever l’immunité du sénateur ministre de l’Intérieur. Mais, avec le changement de coalition, la gauche majoritaire au Sénat a ensuite levé l’immunité du sénateur Salvini dans deux affaires identiques survenues pendant l’été 2019 : celle du navire de la Garde côtière Gregoretti et celle du navire de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms (voir « Malgré les scandales, la gauche italienne judiciarise encore sa lutte contre Salvini » dans Présent du 4 août 2020).

Dans l’affaire du Gregoretti, qui datait de juillet 2019, le parquet a lui-même demandé le classement sans suite à l’issue des audiences préliminaires. Pour l’Open Arms, en revanche, le parquet de Palerme a demandé le 20 mars, à l’issue des audiences préliminaires, que l’ancien ministre de l’Intérieur soit traduit en justice. Dans le cas de l’Open Arms, Matteo Salvini avait refusé, pendant six jours d’août 2019, le débarquement des plus de 160 immigrants illégaux dont plusieurs « mineurs non accompagnés ». L’attitude du parquet de Palerme surprend, car l’Espagne, pays d’origine de l’ONG et de son bateau, avait alors proposé deux ports différents, dont un aux Baléares, et le commandant de l’Open Arms aurait eu plus vite fait de s’y rendre que de chercher à forcer un changement de la politique des ports fermés mise en place par le premier gouvernement Conte sous l’impulsion de Salvini.

La défense de Salvini met d’ailleurs en avant le fait que le ministre de l’Intérieur appliquait la politique du gouvernement Conte dont il faisait partie et, si responsabilité il y a, elle est collective. En outre, l’actuel ministre de l’Intérieur Luciana Lamorgese a elle-même mis en avant devant le juge la continuité de sa politique avec celle de son prédécesseur (ce qui laisse dubitatif au vu de l’explosion des chiffres de l’immigration), et elle a aussi affirmé que les bateaux d’ONG, quand ils ont secouru des « migrants » en mer au large de la Libye, ont l’habitude de rester sur place tant qu’ils ont encore de la place. Le 20 mars, la défense de Salvini a exhibé un courriel des autorités maltaises envoyé à l’Open Arms le 14 août 2020 pour justifier leur propre refus de laisser l’ONG débarquer ses « migrants ». Dans ce message, le centre de coordination des secours de La Valette reproche justement à l’Open Arms d’avoir « flâné » et dit textuellement : « Si vous vous étiez dirigés vers votre port d’origine, vous auriez déjà débarqué. » Ce qui est caractéristique, c’est que parmi les parties civiles qui se sont constituées pour traduire devant la justice italienne un ancien vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, il y a, outre les ONG, la ville de Barcelone, gouvernée par la maire pro-immigration d’extrême gauche Ada Colau, pour le motif que Barcelone finance Activa Open Arms.

Le juge doit décider le 17 avril si le procès aura lieu. Si c’est le cas, Matteo Salvini encourra 15 ans de prison pour « séquestration de personnes » et, même s’il écope de moins, il pourra être rendu inéligible. Et c’est bien là le but recherché par la gauche italienne.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 23 mars 2021