La victoire de la famille Lefevre et le combat culturel, par Guillaume de Thieulloy

Juste avant Noël, le 15 décembre, nous avons eu la joie d’apprendre la victoire de la famille Lefevre en finale de l’émission «La France a un incroyable talent» sur M6, devant plus de 4 millions de téléspectateurs.

Les bonnes nouvelles étant rares, pourquoi ne pas savourer celle-ci?

Je dois vous avouer que j’ignorais tout de cette émission avant cette victoire.

Et, de façon générale, je suis un bien mauvais « client » pour la télévision en général et les concours télévisés en particulier.

Il n’empêche que je me réjouis vivement de cette victoire, comme de toute victoire dans le combat culturel – à tout prendre beaucoup plus décisif pour l’avenir politique de notre pays que le combat électoral.

Pour une fois, les étranges lucarnes n’ont pas promu pas telle minorité, visible ou invisible, mais une famille de France chantant magnifiquement un répertoire de chant sacré.

Tout dans ces concurrents aurait dû susciter la détestation des médias dominants. Pensez : une famille de 6 enfants, versaillaise, ne dissimulant même pas qu’elle était catholique, quoi de plus « ringard » ?

Eh bien, non : le jury et le public ont été séduits – soutenus par l’impressionnante mobilisation des « cathos » sur les réseaux sociaux.

Ils ont été séduits d’abord, bien sûr, par le talent. Mais aussi par cette famille si manifestement unie et heureuse de chanter ensemble.

En quelques minutes, ces huit personnes ont plus fait que des dizaines de manifestations – et que des centaines de lois et d’élections! – pour la famille, cellule de base de la société, et pour rappeler que la nation n’est pas un agglomérat d’individus, mais une famille de familles.

Surtout, la famille Lefevre a montré à tous – y compris, surtout, aux plus éloignés de la culture française – que l’être humain est fait pour le beau, autant qu’il est fait pour le bon et pour le vrai.

Notre société post-moderne croit très malin de lire Nietzsche à la lettre et de placer sur un pied d’égalité le laid et le beau, le mal et le bien, le faux et le vrai.

Mais il est évident que l’on ne peut pas vivre humainement comme cela.

Tout au plus peut-on survivre comme une brute.

Mais ce qui me laisse pantois, c’est le traitement de cette victoire par les commentateurs.

Je passerai sur les remarques ordurières dont les réseaux sociaux sont familiers – et l’on pouvait difficilement s’étonner qu’une famille versaillaise aussi «caricaturale» échappe à de telles caricatures.

Mais les éditorialistes ont été, dans leur vaste majorité, incapables de comprendre ce qui se jouait ici (la plus notable exception étant l’excellent éditorial de Constance Prazel pour «Liberté politique»).

Ils en sont restés à de bêtes considérations sociologiques sur le mode : Tiens, comment se fait-il que ces attardés aient du talent?

Pourtant, il faut aller du fait divers à la conséquence politique et même civilisationnelle.

Ce qu’a apprécié le public, c’est une famille où la transmission semble une évidence. Parents et enfants y cherchent ensemble ce qu’il y a de plus beau et consacrent leurs efforts à le rendre accessible à leur entourage.

C’est exactement cela une civilisation: transmettre au mieux le meilleur de ce que nous avons reçu.

Que notre monde post-soixante-huitard en soit incapable ne signifie qu’une chose: il est déjà mort.

Mais toute la question est de savoir si notre civilisation française et européenne sera entraînée dans cette chute ou si la mort de cette contre-culture sera le début de la renaissance. En tout cas, pour 2021, je nous souhaite à tous de nombreuses familles Lefevre sur tous les champs de bataille culturels!

Guillaume de Thieulloy

Tribune reprise de les4verites.com