Le racisme anti-blanc en mode mineur dans les médias

Le traitement journalistique d’un récent fait-divers vient de nous le rappeler, le racisme anti-blanc est un angle mort des médias de grand chemin. La réaction de Laurence Ferrari face à un déchainement de violence à Rezé contre un « blanc », désigné comme tel, en dit long sur leur embarras à ce sujet.

Lynchage à Rezé : what else ? (mais encore ?)

Le 12 décembre, dans la banlieue de Nantes, à Rezé, un homme de 52 ans a voulu récupérer la moto volée à son fils. Il a été sauvagement lynché par une bande de jeunes de la cité. Ouest-France relate l’événement dans l’édition du 14 décembre de la façon suivante : « ça se bagarrait durement, salement ». Le quotidien de l’ouest reprend à son compte les propos d’un témoin de la scène en évoquant une « bagarre ». En fait de « bagarre », il s’agit à la vue des images filmées par un habitant du quartier plutôt d’un lynchage en règle avec un appel à tuer le père de famille.

L’avocat Gilles William-Goldnadel a voulu évoquer cette agression sauvage sur le plateau de Laurence Ferrari, sur CNews le 16 décembre. Alors que l’on peut distinctement entendre « Wallah ! Nique le ! Tue le ! Sale Gwer! ( sale blanc) » dans la vidéo, Laurence Ferrari réagit au quart de tour :

« On n’a pas encore toutes les explications sur cette affaire, mais vous avez le droit d’en parler. (…) Oh n’exagérez pas, il faut juste savoir de quoi on parle dans cette affaire (…). On ne connaît pas encore les tenants et les aboutissants. Point à la ligne (…). Je pense que vous ne comprenez pas le sens général de cette histoire et qu’on attend d’en avoir les éclaircissements du côté de la police et de la justice, si vous le permettez. Voilà ».

Il faut toute la ténacité de Gilles William-Goldnadel pour que l’évocation de cette agression et son caractère possiblement raciste ne passent pas trop rapidement à trappe sur le plateau de CNews.

On ne se souvient pas d’autant de précautions lors de l’accusation de racisme d’un arbitre qui a désigné un joueur de football par sa couleur de peau, lors du match PSG-Basaksehir mardi 8 décembre. Comme L’Équipe le relate le 9 décembre, « toute l’Europe (en a) parlé ». Pour L’Équipe, c’était aussi immédiatement le lendemain de l’incident « le ras le bol ».

Peut-importe qu’il n’y avait peut-être pas de connotation raciste dans la désignation du joueur de couleur. On aura compris que désigner un français de souche comme un « blanc », c’est normal, tandis que désigner un homme de couleur par sa couleur de peu, c’est mal.

Flagrant délit de déni

Le déni du racisme anti-blancs n’est pas une nouveauté. En 2012, le sociologue Stéphane Beaud et l’historien Gérard Noiriel publiaient une tribune dans le journal Le Monde pour dénoncer « l’imposture du racisme anti-blancs ».

France Culture a consacré en 2018 une émission sur le sujet. La radio affiliée à l’État français choisit toujours précautionneusement ses invités. Éric Fassin est catégorique : « le racisme anti-blancs n’existe pas pour les sciences sociales ». Si l’on peut comprendre que choisir ce sujet d’étude recueillera difficilement l’approbation d’un directeur de recherche ou d’une commission accordant des crédits de recherche, est-ce pour autant que le racisme anti-blancs n’existe pas ? Le sociologue poursuit :

« Si on commence à reprendre à son compte le discours de l’extrême-droite qui nous dit qu’au fond tous les racismes se valent, on est en train de nier la réalité de l’expérience d’une partie importante de nos concitoyens et concitoyennes ».

Il y aurait donc une hiérarchie dans le racisme à établir. Nous y voilà…

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