La constitution hongroise contre le « gender »

Avec 134 voix pour, 45 contre et 5 abstentions, l’Assemblée nationale hongroise a adopté le mardi 15 décembre un amendement à sa constitution pour mieux se prémunir contre l’assaut des idéologues du genre et autres représentants de l’Internationale LGBT. En effet, et même si, comme tient à le préciser le gouvernement hongrois, cet amendement n’est pas dirigé contre qui que ce soit, il permet à la Hongrie d’avoir désormais une définition de la famille dans sa loi fondamentale. Celle-ci définissait déjà le mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme. Enoncer cette évidence avait valu à la Hongrie un procès en homophobie quand elle avait remplacé son ancienne constitution stalinienne en 2012. Désormais, la constitution hongroise précise que « la Hongrie protège l’institution du mariage en tant qu’union d’un homme et d’une femme et la famille en tant que fondement de la survie de la nation. Le fondement de la famille est le mariage et la relation parent-enfant. La mère est une femme, le père est un homme. »

Qui eût cru qu’il faudrait un jour inscrire ce type de lapalissades dans le marbre pour mieux protéger la société contre les lubies néo-marxistes d’une gauche européenne orpheline du communisme ?

Par la même occasion, un amendement visant à protéger plus spécifiquement les enfants a encore été ajouté à la constitution hongroise : « Chaque enfant a droit à la protection et aux soins nécessaires à son développement physique, mental et moral. La Hongrie protège le droit des enfants à leur identité correspondant à leur sexe à la naissance et assure une éducation conforme aux valeurs fondées sur l’identité constitutionnelle et la culture chrétienne de la Hongrie. »

Dans le texte expliquant les raisons qui ont motivé ces amendements, le législateur hongrois a indiqué que la loi fondamentale du pays est l’expression de la volonté de la nation et du cadre dans lequel elle souhaite vivre. Néanmoins, précise ce texte, il existe aujourd’hui une tendance à relativiser toutes les valeurs traditionnelles, y compris la définition des sexes. Cette tendance rend nécessaire une définition claire des garanties fondamentales offertes en particulier aux enfants.

Le même jour, l’Assemblée nationale adoptait une loi qui avait été annoncée le 10 novembre, en même temps que le projet d’amendements à la Constitution (voir nos « Echos éthiques » dans Présent du 26 novembre). Cette loi réserve aux couples mariés la possibilité d’adopter des enfants. Les personnes seules ne pourront plus adopter un enfant qu’en obtenant une autorisation spéciale du ministre de la Famille.

« Le but n’est pas de fragiliser les droits de certains groupes sociaux », a expliqué Judit Varga, ministre de la Justice, « mais de protéger les droits de nos enfants ». A la tête du parti de gauche libertaire DK, l’ancien Premier ministre Ferenc Gyurcsány, un ex-apparatchik communiste devenu oligarque, a refusé de prendre part au vote pour dénoncer une « politique familiale excluante ». Il faut dire qu’après sa troisième large victoire consécutive aux élections législatives de 2018, la coalition du parti conservateur Fidesz et de son allié chrétien-démocrate KDNP qui dirige le pays depuis 2010 dispose à elle seule au Parlement monocaméral hongrois de la majorité des deux tiers nécessaires pour modifier la constitution. Vox populi, vox Dei.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 18 décembre 2020