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La crise du Covid occasionne une fraude massive

Arnaques aux masques et au matériel sanitaire, fraudes au chômage partiel et aux prestations sociales, ou encore escroqueries liées au développement des monnaies électroniques et virtuelles : si la crise du Covid-19 est une catastrophe pour notre pays et l’immense majorité de nos compatriotes, elle constitue en revanche une véritable aubaine pour les délinquants financiers qui profitent allègrement de celle-ci pour se livrer à toutes sortes de malversations et d’escroqueries, en ayant recours à des modes opératoires toujours plus complexes.

Explosion des fraudes au chômage partiel

Ce constat inquiétant, mais pas vraiment surprenant, c’est celui que fait Tracfin, l’organisme de Bercy chargé de la lutte contre la fraude fiscale, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, dans son dernier cahier « Tendances et analyse des risques pour l’année 2019/2020 » rendu public jeudi. Un document assez édifiant, dans lequel Tracfin relève tout d’abord « un phénomène de fraudes massives à l’indemnisation du chômage partiel, estimé à 225 millions d’euros par le ministère du Travail », et touchant principalement les secteurs suivants : bâtiment et travaux publics, commerce, distribution, immobilier, art, hôtellerie-restauration, transport, informatique ou encore télécoms. Sur ces 225 millions d’euros, précise encore Tracfin, plus de la moitié a heureusement pu être bloquée et récupérée, grâce notamment aux nombreuses « déclarations de soupçon » que lui ont adressées les établissements de crédit dès le début de la crise sanitaire.

Financement de l’islamo-terrorisme

S’il relève de nombreuses autres fraudes aux prestations sociales ou encore à la TVA, en soulignant au passage que leurs modes opératoires s’avèrent de plus en plus complexes, le rapport de Tracfin s’inquiète surtout de deux menaces croissantes. D’abord, le risque d’une prise de contrôle d’un certain nombre d’entreprises en difficulté par des réseaux mafieux. Si à ce stade le phénomène semble limité, Tracfin explique en effet que « certains commerces ou sociétés peuvent être moins regardants sur l’origine des fonds injectés », et que ce problème pourrait bien se matérialiser lorsque la vague de faillites annoncée se déclenchera. D’autant que, comme le rappellent les auteurs de ce rapport, « les mafias italiennes sont déjà actives en France ». Autre source d’inquiétude majeure pour l’organisme anti-fraude et anti-blanchiment de Bercy : la numérisation croissante des services de paiement, et le développement des monnaies électroniques et virtuelles telles que les Bitcoins. « Dès leur création, rappelle en effet le rapport, ils ont constitué un vecteur de blanchiment de capitaux suivi avec attention ». Or, précise-t-il, Tracfin « constate que cette tendance s’est confirmée ». En guise d’exemple, les auteurs du rapport rappellent notamment que, fin septembre 2019, Tracfin, en alertant les autorités après avoir détecté un circuit de financement de l’islamo-terrorisme associant monnaie électronique, actifs numériques et techniques de compensation informelle, a permis l’interpellation de 29 individus, dont bon nombre sont suspectés d’être affiliés à Al-Qaïda.

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 11 décembre 2020