Robert Ménard : « C’est un passage obligé, on va en Algérie demander pardon… c’est insupportable ! »

Le maire de Béziers s’indigne face à l’hommage de Gérald Darmanin à tous les combattants du FNL qui ont œuvré pour la libération de l’Algérie.

Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur en visite en Algérie a suscité votre indignation en s’inclinant devant le mémorial du martyr, monument en hommage à tous les combattants du FLN qui ont œuvré pour la libération de l’Algérie. Pourquoi, son comportement vous choque-t-il ?

Je trouve cela affligeant, consternant, vraiment pas bien et même honteux. En même temps, monsieur Darmanin s’inscrit dans une grande tradition française. De droite comme de gauche, c’est un passage obligé. On va en Algérie demander pardon. Demander pardon de quoi ? Demander pardon au FLN ? Qui a tué et massacré des dizaines de milliers de Harkis. Demander pardon au FLN ? Qui tirait sur les soldats français. Demander pardon au FLN ? j’ai encore en tête le massacre d’Oran du 5 juillet. C’est à eux que l’on a à demander pardon ? Demander pardon de quoi ? D’avoir construit des ponts, des lignes de chemin de fer, d’avoir supprimé la malaria, d’avoir développé l’agriculture et d’avoir construit des hôpitaux ? On demande pardon d’une guerre. Dans cette guerre, il y a bien sûr eu des problèmes. Personne ne dit que l’armée française s’est toujours comportée parfaitement. Personne ne dit que les Pieds noirs ont été très intelligents pour imaginer une société moins inégalitaire. Mais de là à aller s’excuser au mémorial des martyrs du FLM, c’est insupportable !

Gérald Darmanin s’est aussi recueilli devant le cimetière européen d’Alger. Selon vous, dépasse-t-on la visite de courtoisie ? Est-on vraiment dans la politique de la repentance et de l’excuse permanente ?

Ils passent leur vie à demander pardon pour un certain nombre de choses. Cela fait 60 ans que cela s’est passé en Algérie. Le désastre économique que représente l’Algérie, la dictature que représente l’Algérie, les échecs systématiques de l’Algérie dans tout un tas de domaines est l’affaire des Algériens. Ça suffit de donner une excuse à un pouvoir népotique ! Un pouvoir qui se fait conspuer par la rue algérienne. On est en train de soutenir des gens qui sont détestés par leur propre peuple, et on leur donne raison en allant se prosterner devant un monument aux morts comme celui-là. En faisant cela, on n’aide pas l’Algérie à faire sa révolution démocratique et on n’aide pas les gens qui combattent la corruption. Et Dieu sait qu’il y a de la corruption en Algérie !

Faudrait-il que le gouvernement français cesse d’avoir le moindre rapport avec le gouvernement algérien ?

Il faut avoir des rapports avec le gouvernement algérien, mais des rapports adultes, d’égal à égal. On ne va pas à chaque fois leur demander « mes chéris, que faut-il que je fasse pour que vous me pardonniez des crimes contre l’humanité ? » Pourquoi, je dis crime contre l’humanité ? Rappelez-vous la parole de monsieur Macron. Monsieur Darmanin marche dans les pas de monsieur Macron. Notre président de la République sait-il ce qu’est un crime contre l’humanité ? Remarquez, c’est le même président de la République qui nomme monsieur Benjamin Stora pour réfléchir à la mémoire de la colonisation. Il est d’un parti pris invraisemblable. Tout cela me donne envie de vomir !

Tribune reprise de Boulevard Voltaire