Fatwa à Conflans-Sainte-Honorine

Personne ne peut aujourd’hui l’ignorer : à l’heure où les réseaux sociaux disposent d’un pouvoir de nuisance phénoménal, et où ces derniers sont surfréquentés par les partisans de l’islamo-terrorisme, pointer violemment du doigt Samuel Paty comme l’ont fait l’activiste salafiste Abdelhakim Sefrioui et le non moins islamiste Ibrahim C., dans une vidéo postée le 8 octobre sur YouTube, revenait ni plus ni moins à lancer une fatwa à l’encontre de ce professeur d’histoire-géographie du collège de Conflans. Reçue cinq sur cinq, cette véritable condamnation à mort n’aura d’ailleurs pas tardé à être mise à exécution puisque vendredi, soit huit jours à peine après la mise en ligne de cette vidéo, Samuel Paty était décapité par le djihadiste tchétchène Abdoullakh A. ! La vidéo est éloquente : sur fond de chants de religieux islamiques, Ibrahim C., père d’une élève qui s’était plainte, et Abdelhakim Sefrioui, membre du Conseil des imams de France, accusaient violemment l’enseignant, qualifié de « voyou », d’avoir commis « l’abject » en montrant des caricatures de Mahomet à ses élèves. S’ensuivaient alors un récit complètement mensonger de cette affaire par l’élève se disant « choquée », puis les pleurnicheries de son père Ibrahim appelant à « dire stop à ce voyou », et enfin une intervention de Sefrioui invitant tous les musulmans à exiger la suspension immédiate de l’enseignant et à se mobiliser. Et comme si cela ne suffisait pas, Ibrahim C. publiait un peu plus tard sur Facebook les nom et numéro de téléphone de Samuel Paty…

La responsabilité de ces deux individus dans le meurtre affreux de ce professeur d’histoire est d’autant moins contestable que leur profil, pour le moins édifiant, ne peut laisser le moindre doute sur le fait qu’ils savaient parfaitement ce qu’ils faisaient en lançant cet appel sur Internet. A commencer par Abdelhakim Sefrioui, figure particulière de l’islamisme, qui ne pouvait ignorer qu’une telle accusation publique avait valeur de fatwa. Un individu bien connu de nos services antiterroristes, puisqu’il est fiché S depuis des années, mais que l’Etat n’a, semble-t-il, pas jugé bon de rendre définitivement inoffensif… C’est ainsi que, en 2004 déjà, Sefrioui avait été repéré, après avoir mené plusieurs actions en faveur du port du voile islamique, dans la rue Jean-Pierre-Timbaud à Paris, connue pour être un bastion de l’islamisme dans la capitale. Repéré aussi pour son violent antisionisme, il avait fondé la même année le Collectif Cheikh Yassine (du nom du fondateur du Hamas, tué par l’armée israélienne en 2004), et avait également organisé durant des mois des manifestations devant la mosquée de Drancy, où officie l’imam détesté des salafistes Hassen Chalghoumi. Enfin, Sefrioui s’était fait à nouveau repérer en juillet 2014, en scandant notamment des slogans à la gloire du Hamas et du djihad islamique à l’occasion de manifestations pro-palestiniennes à Paris.

Quant à Ibrahim C., le père de l’élève de 4e à l’origine de cette ignoble cabale qui s’est terminée par la décapitation de Samuel Paty, on sait que, outre ses liens avec le CCIF, sa demi-sœur fait l’objet depuis 2014 d’un mandat d’arrêt international pour avoir rejoint l’Etat islamique en Syrie… Bref, autant d’éléments qui ont conduit l’Identitaire Damien Rieu à accuser dès vendredi soir sur Twitter « le Conseil des imams de France d’être directement responsable de la cabale contre le professeur Paty qui a mené à sa décapitation », mais aussi à demander à fort juste titre à ce que « cette organisation [soit] dissoute » et « ses membres arrêtés ».

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 19 octobre 2020