« Tenue républicaine » obligatoire à l’école ? Mais quelle horreur !

Jean-Michel Blanquer a indiqué lundi, sur RTL, qu’il était nécessaire que les écoliers viennent en classe dans une tenue correcte. Il faisait allusion à certains vêtements indécents ou inappropriés portés par certains élèves. On ne pourrait qu’applaudir. Mais ce ministre a eu lui-même l’indécence d’évoquer l’obligation de s’habiller « d’une façon républicaine ».

Au début, Blanquer réclamait des dictées, il évoquait le retour de l’uniforme dans les cours de récréation. Son bon sens un peu provincial, son physique d’instituteur à blouse grise avaient séduit une droite en manque de repères. Quand, ce lundi, Blanquer a évoqué le manque de décence de certaines tenues à l’école, il s’est placé dans la continuité de ce discours-là : « Vous n’allez pas à l’école comme vous allez à la plage ou en boîte de nuit ». Il a ajouté : « Nos enfants sont sous la pression de bien des choses, notamment des marques, de la mode, du regard de l’autre sur les chaussures et les vêtements… Je souhaite qu’il y ait une certaine sobriété en la matière […]. » Le ministre aurait dû se limiter à ces formules auxquelles tous les parents ne peuvent qu’applaudir des deux mains.

Hélas, le ministre n’a pu s’empêcher d’ajouter quelques clichés destinés à dédroitiser ses préconisations : « C’est un enjeu d’égalité sociale, puis de protection des filles et des garçons. » Deux âneries en une seule phrase ! « Enjeu d’égalité sociale » : on reconnaît là une figure de style classique du discours gauchisant : tenter de justifier toute réforme par le principe d’égalité. Quant au second argument, il est très inquiétant : qu’est-ce que cette « protection des filles et des garçons » ? Et d’abord les protéger de qui ? De quoi ? Dans les cours de récréation ? Si réellement les tenues des garçons et des filles, à l’école, altèrent leur « protection », alors vite, que les uniformes y reviennent. Et d’abord les uniformes de police !

L’uniforme, Blanquer ne veut plus en entendre parler

La réponse la plus simple, au regard de ces problèmes et de ces risques, serait en effet l’uniforme, comme cela se pratique dans de très nombreux pays qui ne sont pas forcément des dictatures. Mais l’uniforme, Blanquer ne veut plus en entendre parler. Dans son interview à RTL, il préfère rappeler qu’« il est important d’arriver à l’école dans une tenue correcte ». Ce qui est la moindre des choses !

Quand le journaliste lui demande de préciser ce qu’est pour lui une tenue correcte, le ministre a lâché cette énorme bourde : les enfants doivent s’habiller « d’une façon républicaine ». Qu’est-ce qu’une « tenue républicaine » ? Si on se plonge dans nos livres d’histoire, la tenue républicaine se caractérise par deux choses : le bonnet phrygien, passé de mode depuis deux siècles et… l’absence de culotte. Mais jouer les sans-culottes, n’est-ce pas à la fois porter une tenue républicaine et faire preuve d’indécence ?

« Le vêtement ne doit pas être un facteur de stigmatisation ni de discrimination » a encore ajouté le ministre, « pour la défense des jeunes filles ». Sans exemples à la clé, les propos du ministre sont strictement incompréhensibles. On suppose (mais il tourne autour du pot) qu’il fait allusion à l’impossibilité (pour les élèves et professeurs de sexe féminin) de porter une jupe, dans certaines écoles ou des minorités islamiques font déjà régner l’ordre. Un ordre républicain, certes, mais de type République islamique.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 22 septembre 2020