La rentrée de la gréviculture, par Jean-Gilles Malliarakis

C’était la rentrée des classes ce 1er septembre. C’est aussi le recommencement de l’agitation systématique programmée par les bureaucraties syndicales. Ainsi donc la CGT-Cheminots confirme qu’elle s’apprête à empoisonner la vie des Français qui travaillent. Premier syndicat à la SNCF, elle a en effet déposé un préavis de grève pour le 17 septembre. Ceci entrera dans le cadre d’une Journée nationale d’actions soi-disant « pour l’emploi, pour les salaires et les retraites. » Vaste programme. Nouvelles complications en vue dans la vie quotidienne des Français. Pour rien.

Le mot d’ordre remonte à juillet. Il a été repris par la FSU, Solidaires et plusieurs organisations de jeunesse.

L’annonce de cette grève a été, bien poliment, trop prudemment, critiquée par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Celui-ci déclare avoir « du mal à comprendre » cette grève alors que le plan de relance prévoit des investissements massifs dans le ferroviaire ainsi qu’une reprise de la dette de la compagnie ferroviaire à hauteur de 35 milliards d’euros. On ne sort pas d’une ligne constante de relative complaisance de la part de nos dirigeants.

Et, puisque M. Le Maire dit ne pas comprendre, essayons de lui expliquer ce qu’est et à quoi sert l’appareil de la CGT.

Les staliniens en ont repris le contrôle total depuis l’éviction de l’éphémère Thierry Lepaon et la nomination de Philippe Martinez comme secrétaire général en 2015.

Autrefois, c’est-à-dire entre 1943 et 2002, on pouvait considérer légitimement la centrale de Montreuil comme une simple courroie de transmission du PCF. Cette appellation officielle de parti communiste français est apparue, rappelons-le, dans le contexte de la clandestinité, où l’appareil était plongé depuis sa dissolution par le décret Daladier de 1939, lui-même consécutif au pacte germano-soviétique. Sa promiscuité avec la résistance, après le 22 juin 1941, permit ainsi de redorer le blason de la Section française de l’Internationale communiste. Dans le même temps le vieux dirigeant de la CGT d’avant-guerre, Léon Jouhaux allait être évincé en 1945 au profit de Benoît Frachon. Celui-ci demeura secrétaire général de la Confédération pendant 22 ans, puis président jusqu’à sa mort, en 1975. Il restait officiellement, et même statutairement, membre du bureau politique du Parti. Il avait fait partie du petit groupe des 4 rédacteurs, en janvier 1944, du tract de 6 pages, pompeusement intitulé Les Jours Heureux. Il y avait travaillé en association avec Duclos et deux autres communistes, Mercier et Villon : ce document est aujourd’hui présenté comme représentatif du projet de la Résistance avec un grand R, à l’origine de ce que l’on appelle aujourd’hui encore le Modèle social français.

Depuis 2002, les choses ont légèrement évolué. C’est cette année-là, que le jeune Martinez aurait en effet cessé d’appartenir officiellement à l’appareil du Parti, pour se consacrer pleinement dans la Fédération cégétiste de la Métallurgie. À l’élection présidentielle le candidat communiste Robert Hue n’avait obtenu que 960 000 voix, 3,4 % des suffrages exprimés, deux fois moins qu’en 1995, et nettement moins qu’Arlette Laguillier 1 630 000 voix, 5,7 %. Ce score désespérant, inférieur aux 8,6 % de 1995, imposait une présentation nouvelle de la vieille nuisance. Celle-ci continua sa descente aux enfers : en 2007, Marie-Georges Buffet allait obtenir 1,9 % des voix ; aux européennes de 2019, dernier test grandeur nature la liste conduite par Ian Brossat, l’espoir du Parti, fait un saut de puce à 2,5 %. Depuis les législatives de 1997, on sait, par ailleurs, que cet électorat fondant ne se recrute plus dans les familles ouvrières, et moins encore chez les paysans, mais chez les fonctionnaires, les enseignants et les personnels à statut protecteur de la SNCF, Edf, etc.

Ce déclin du PCF s’accompagne aussi de celui de sa Presse. Bien plus, la CGT, toujours dominante dans le secteur public étatisé, est devenue minoritaire, concurrencée par d’autres mouvements, dont la CFDT, dans les entreprises du secteur privé.

Ce n’est donc plus le parti communiste qui tire les ficelles de la CGT, mais au contraire celle-ci, qui dispose, notamment par l’intermédiaire des gros comités d’entreprise et autres institutions faussement sociales, des moyens d’action de l’appareil.

Quant à la FSU, scission syndicale communiste devenue majoritaire en 1992-1993 au sein de l’Éducation nationale elle signe elle-même ce changement de recrutement sociologique.

Le monde se transforme, la société évolue, mais les staliniens, eux, demeurent impavides et incorrigibles.

Ils continuent à saboter les entreprises et l’économie française, à décourager l’investissement dans l’Hexagone, accélérant les délocalisations industrielles, et, ainsi, à faire reculer l’emploi.

Au lendemain de la paralysie du TGV dans la nuit du 30 au 31 août qui vit une dizaine de trains et 5 000 voyageurs bloqués entre Dax et Bordeaux, la SNCF n’avait pas besoin d’une grève.

N’importe l’entreprise aux cégétistes et leurs camarades de Sud-Rail. Dans toutes les usines où ils sont implantés les staliniens et les trotskistes persistent à maintenir la rigidité de leurs pratiques désastreuses dont l’effet délocalisateur ne devrait échapper à personne. Pourquoi fabriquer en France aux conditions du fameux modèle, des charges, des 35 heures, et du syndicalisme à la française, dans le contexte de la concurrence européenne et mondiale ?

À la SNCF, autrefois performante mais où les problèmes se sont lourdement accumulés, depuis 25 ans, notamment sous le règne immobiliste de Guillaume Pépy, qui n’a rien résolu de 2008 à 2019, par peur des syndicats, au gré de la pseudo-réforme Cuvillier de 2014, cette hypothèque constante de la gréviculture et de l’agitation ne fait qu’alourdir les difficultés.

En faisant mine de ne pas comprendre, en annonçant de nouveaux investissements alimentés par l’argent des contribuables, à la merci de tels sabotages, le pouvoir technocratique continue cette ruineuse politique de l’autruche, dont les Français payent l’addition.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent