États-Unis – Kenosha : amalgame et « analyses » manipulées

Dans la nuit du 25 au 26 août, deux hommes ont été tués par balle et un troisième blessé, au cours d’émeutes et de pillages. L’assassin est apparemment un mineur de race blanche. Pour les médias, les choses sont donc simples : crime raciste.

Le Monde daté de ce vendredi titrait en une : « La violence d’extrême droite tue à Kenosha ». Ce titre était suivi, toujours en une, d’une phrase censée résumer l’affaire : « Un militant d’extrême droite de 17 ans a tué deux manifestants par balles et en a blessé un troisième à Kenosha, dans le Wisconsin, lors des émeutes qui ont suivi une nouvelle bavure policière contre un Afro-Américain. » Si ce texte résume bien ce qui s’est passé, alors il n’y a rien à dire : l’acte est impardonnable, il constitue un scandale inouï, et il profitera en outre exclusivement au courant politique que le tireur prétendait combattre.

Mais dès ce stade, deux remarques s’imposent d’emblée : la première, c’est que l’on constate déjà que le fameux « pas d’amalgame » ne joue pas dans ce cas. Il a été interdit et il reste interdit d’imputer quelque responsabilité que ce soit à l’islam et à l’immigration (afghane ou autre) dans les crimes islamistes commis ces cinq dernières années. Mais dans l’affaire de Kenosha, les commentaires nous exposent la responsabilité de Trump, la responsabilité de « l’extrême droite », la responsabilité de la National Rifle Association, et plus généralement la responsabilité des petits blancs américains.

Quant à la seconde remarque, elle porte sur les faits eux-mêmes. L’enquête établira – espérons-le – la réalité de ce qui s’est passé à Kenosha. Mais il semble que les choses soient moins simples qu’exposé. Cette ville du Wisconsin a connu trois nuits successives de saccages et de pillages. Les habitants se sont constitués en une milice de protection des commerces et des gens. Lors de la troisième nuit, cette milice a cherché à défendre un poste de distribution de carburant pour éviter qu’il soit détruit et pillé (source : Il Primato Nazionale, un journal italien). Le jeune Kyle Rittenhouse n’aurait ouvert le feu que pour défendre sa propre vie, selon les vidéos prises dans la nuit, qui montrent le jeune homme poursuivi par des dizaines d’individus armés, jeté au sol, frappé, ou encore se défendant contre un manifestant tenant une arme à feu. Il semble donc que ce soit en état de légitime défense qu’il ait tiré. Les victimes étaient d’ailleurs connues des services de police : l’une est répertoriée comme délinquant sexuel, les deux autres étaient déjà sous l’accusation de vol, de possession illégale d’armes, le tout sous l’emprise de drogue.

Une tragique réaction de peur

On peut évidemment se poser la question de l’intégration dans des milices de protection armée, de garçons si jeunes, avec le manque de sang-froid que cela peut impliquer. Mais en tout état de cause, nous ne sommes pas devant un acte barbare, mais devant une tragique réaction de peur et de légitime défense, du moins si l’analyse des films pris cette nuit-là vient corroborer ce qu’on croit y voir.

Il ne faut évidemment pas entrer dans le piège tendu par les soi-disant antiracistes de tout poil : si des manifestants qualifiés d’« Afro-Américains » commettent des saccages, cela ne signifie nullement qu’une guerre des races soit en cours, si ce n’est de façon très artificielle, par manipulation et exploitation de faits sollicités, déformés. Il en est de même en France, d’ailleurs.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 28 août 2020