La tyrannie de la communication, par Guillaume de Thieulloy

Nous vivons une époque étrange – où le virtuel et la communication ont pris le pas sur la réalité. C’est particulièrement visible en matière « d’action » politique.

Plus une mission apparaît comme régalienne, plus l’impuissance étatique est masquée par une avalanche de communication.
Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, nous avait déjà accoutumés à son omniprésence sur les plateaux de télévision.
Certes, cela ne résolvait rien des problèmes de sécurité des Français ; certes, cela ne restaurait pas les frontières, ni ne limitait l’immigration ; mais nous avions collectivement l’impression que notre sécurité était un sujet pris à bras-le-corps par nos dirigeants.
D’autant que nous pouvions constater par nous-mêmes que la sécurité … routière était bel et bien devenue une priorité et que l’État faisait, en ce domaine, preuve d’une remarquable efficacité.
Admirez les prodiges de la communication : quand le bon peuple entendait « sécurité », il comprenait « lutte contre l’immigration » – et il avait, en réalité, une chasse acharnée aux automobilistes !

Depuis 2002, les choses n’ont fait que prospérer et embellir en ce curieux domaine.
Plus ça va, plus nos dirigeants communiquent (par Twitter désormais, il faut bien vivre avec son temps !) et moins ils exercent leurs responsabilités régaliennes – tout en développant une sorte de dictature de la norme idiote qui nous paralyse tous.
À vrai dire, ces normes ne sont pas toutes absurdes. Il n’est certes pas idiot de faire attention à la façon dont nous conduisons pour éviter les accidents. Il n’est pas non plus inepte de porter un masque pour éviter de contaminer nos anciens.
Mais ces normes sont si stupidement appliquées qu’elles ne paraissent pas avoir d’autre sens que la domestication de l’un des peuples les plus libres que la terre ait porté.

D’abord, elles sont souvent contradictoires. Ne prenons que l’exemple du masque. Il fut en mars dangereux pour la santé (mais bon pour la santé des étrangers à qui nous cédions notre stock !), avant d’être obligatoire, même à l’air libre.
Cette dictature de la communication présuppose une absence complète de mémoire de la part des citoyens. Car nous vivons sous la tyrannie du zapping autant que sous la tyrannie de l’émotion.

Cela dispense nos valeureux dirigeants d’avoir la moindre ligne politique (en tout cas compréhensible du commun des mortels). Il est ainsi absolument impossible de comprendre quelle rationalité a présidé aux décisions prises en réponse à la crise sanitaire.
Nos « responsables » ont si bien dit tout et le contraire de tout, saturant l’espace médiatique par des annonces anxiogènes et des mesures contradictoires, que la perception même de la réalité nous est désormais à peu près inaccessible.
Malgré les changements technologiques apportés par les réseaux sociaux, nous sommes revenus à l’ère de la nomenklatura soviétique ou du mandarinat impérial : des hordes de technocrates alignent consciencieusement rapport sur rapport, statistique sur statistique, sans avoir jamais le moindre contact avec le monde réel – et, malgré cela, elles semblent persuadées de dominer le réel !

Logiquement, en ces temps de tyrannie communicationnelle, le délit d’opinion est devenu considérablement plus grave que l’assassinat ou le viol – ce qui permet d’occulter la réalité qui gênerait nos politicards.
Mais il n’est pas nécessaire d’être prophète pour annoncer que le réel se rappellera tôt ou tard à notre bon souvenir !

Guillaume de Thieulloy

Tribune reprise de les4verites.com